Le commerce des goons au Kenya : Révélations qui dérangent - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Maimouna | Publié le 30/07/2026 05:07:00

Le commerce des goons au Kenya : Révélations qui dérangent

Au Kenya, des « goons », voyous armés payés par des acteurs politiques pour mener une répression informelle, se multiplient à l’approche des élections de 2027, selon Demas Kiprono, directeur exécutif de la Commission internationale des juristes au Kenya.

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Suite de l’article : Une étude du cabinet Odipo Dev indique des tarifs journaliers allant de 500 à 1 000 shillings (environ 4 à 8 dollars). Des vidéos ont montré des agents en uniforme se déplaçant à côté de gangs lors d’attaques à Nairobi.

La présence de ces groupes intervient alors que la pauvreté touche près de 40 % de la population kényane et que la Banque mondiale estime à 800 000 le nombre d’entrants annuels sur le marché du travail pour seulement 100 000 emplois formels.

Marius, 27 ans, et Daniel, 28 ans, offrent des visages concrets de ce phénomène. Marius, élevé par une mère célibataire à Korogocho, dit travailler comme homme de main depuis l’âge de 17 ans; il a perdu des dents lors d’une bagarre et raconte avoir été engagé pour perturber l’inauguration d’un hôpital. Il affirme: « Je suis un voyou, et j’en suis fier. » Daniel, ancien étudiant en criminologie, a passé sept ans à exécuter des missions pour des politiciens malgré des regrets profonds et l’usage d’alcool et de drogues pour supporter la violence qu’on lui demande de commettre.

Les modalités de recrutement restent généralement informelles et en marge des traces électroniques: ralliements en tenue noire, visage couvert, paiements en espèces souvent présentés avec des billets neufs. Les équipes opèrent par groupes de 20 à 50 personnes, encadrées par un chef, avec une possible progression vers des rôles intermédiaires pour les plus audacieux. Un organisateur connu, Calvince « Gaucho » Okoth, a été cité par plusieurs interlocuteurs comme un lien entre quartiers et autorités locales; sa nomination récente au conseil d’administration d’un hôpital par le gouverneur de Nairobi, Jonathan Sakaja, a été signalée par des témoins.

Plusieurs incidents documentés montrent des scènes de violence collective: invasion d’un rassemblement dans une église d’All Saints à Nairobi, attaques contre des meetings de l’opposition et affrontements lors de manifestations antigouvernementales. Des images de vidéosurveillance et des témoignages ont décrit des voyous opérant en coordination apparente avec des policiers, tandis que le porte-parole de la police, Michael Muchiri, a qualifié d' »absurdes » les allégations de collusion et a indiqué que des enquêtes étaient en cours.

Le recours à ces hommes de main s’inscrit aussi dans une histoire politique: dans les années 1990, le mouvement Youth for Kanu ’92 avait déjà mobilisé des jeunes pour des opérations de pression et de violence électorale; William Ruto, aujourd’hui président, a été lié à ces mobilisations et a fait l’objet d’accusations judiciaires liées aux violences électorales de 2007-2008. Les analystes notent que l’emploi de gangs a connu des pics lors de périodes électorales et de fortes tensions politiques.

En focalisant l’attention sur des portraits individuels, les témoignages mettent en lumière des trajectoires personnelles marquées par le désespoir économique, l’exclusion du marché du travail et la tentation d’argent facile. Ces récits montrent le coût humain: ruptures familiales, blessures permanentes, culpabilité et stigmatisation locale qui conduisent parfois à la marginalisation définitive. Ils expliquent aussi pourquoi, malgré le mépris affiché pour certains dirigeants, de nombreux jeunes acceptent des missions violentes pour un salaire immédiat.

Le tableau factuel est sombre: recrutements hors piste, paiements en liquide, chaînes de commandement informelles, et incidents violents observables. Si les chiffres de pauvreté et d’emploi donnent le cadre macroéconomique, les portraits de Marius et de Daniel offrent un éclairage direct sur les mécanismes de recrutement et la façon dont des vies ordinaires se transforment en instruments de violence politique. Ces éléments factuels invitent à mesurer le poids des trajectoires individuelles dans la recomposition de la violence urbaine kényane à l’approche du scrutin de 2027.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 30/07/2026

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