Wadagni promet du changement, les soldats tombent : Parole contre réalité - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 04/06/2026 09:06:00

Wadagni promet du changement, les soldats tombent : Parole contre réalité

Plusieurs soldats ont été tués mardi lors de deux attaques à Kourou, dans le nord du Bénin, à la frontière avec le Burkina Faso.

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Suite de l’article : Les assauts ont été revendiqués par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et surviennent deux jours après l’investiture du président Romuald Wadagni. Un haut gradé a déclaré que des colonnes d’individus armés à moto avaient pris pour cible des positions militaires.

L’événement ravive les interrogations sur l’efficacité de l’Opération Mirador, déployée depuis 2022 pour sécuriser le nord du pays, et sur la capacité de l’État à produire des bilans publics fiables.

La zone concernée longe le complexe W-Arly-Pendjari, un ensemble de forêts et de parcs où les groupes jihadistes trouvent des zones de repli et des liaisons transfrontalières avec le Niger et le Burkina Faso.

Malgré la présence d’une force antijihadiste de « plusieurs milliers » de soldats, les attaques se poursuivent. Selon l’ONG Acled, 2025 a été l’année la plus meurtrière pour l’armée béninoise, un signal qui contredit l’idée d’un rétablissement de la sécurité rapide. Le JNIM, lié à Al-Qaida, reste actif dans le nord béninois et dans les deux pays sahéliens voisins, exploitant la porosité des frontières et la densité du couvert forestier. Un haut gradé a refusé de communiquer le bilan précis des pertes, tandis qu’une autre source militaire a reconnu des pertes humaines lors d’une attaque au petit matin.

Plusieurs éléments factuels nourrissent les doutes sur la seule efficacité militaire de Mirador. Le terrain du W-Arly-Pendjari offre un avantage opérationnel aux assaillants qui peuvent se disperser dans des zones protégées et reprendre pied après des offensives. La mobilité sur motos, citée par des responsables, rend difficiles les poursuites conventionnelles. La persistance des attaques, alors que la force est annoncée comme déployée depuis quatre ans, interroge la cohérence du commandement et la qualité des approvisionnements et des transmissions logistiques.

Des problèmes logistiques ont des conséquences concrètes: rupture des lignes d’approvisionnement, maintien en condition des équipements et capacités médicales limitées pour soigner ou évacuer les blessés. Le manque de transparence sur les bilans et la gestion des ressources génère des suspicions de détournement ou d’inefficacité administrative, des thèmes régulièrement évoqués par des observateurs régionaux. La présence militaire intense n’a pas pour autant permis un contrôle civil renforcé des zones concernées, ce qui fragilise l’autorité de l’État au niveau local.

Comparée aux opérations de grande ampleur menées dans certaines parties du Sahel, l’approche béninoise apparaît plus défensive et moins visible dans ses résultats publics. Le refuge fourni par les parcs et forêts du W-Arly-Pendjari ressemble au rôle joué par d’autres massifs forestiers qui ont servi de sanctuaires aux groupes armés dans la région.

Le président Wadagni a pourtant annoncé lors de son investiture la volonté « de continuer d’investir dans nos forces de défense et de sécurité » et de renforcer les services sociaux et économiques locaux pour construire la sécurité. Cette double stratégie reste à l’épreuve des faits: les attaques récentes et le bilan humain élevé de 2025 montrent que la simple présence militaire ne suffit pas à neutraliser les menaces quand commandement, logistique et contrôle civil font défaut.

La juxtaposition d’annonces politiques, d’une force installée sur le terrain et d’attaques récurrentes révèle un fossé entre communication et résultats opérationnels. Tant que les bilans resteront incomplets et que les problèmes structurels ne seront pas traités, l’Opération Mirador risque de rester présentée comme la solution officielle sans pour autant garantir un contrôle effectif du territoire.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Khadidiatou Mané.
Mis en ligne : 04/06/2026

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