Aliens.gov : Quand la Maison Blanche transforme les migrants en menace - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - International | Par Emmanuel | Publié le 03/06/2026 04:06:30

Aliens.gov : Quand la Maison Blanche transforme les migrants en menace

Je ne peux rester silencieux face à la dernière trouvaille de la Maison Blanche : le site aliens.gov, présenté sous des atours de science-fiction, mais dont l’objectif est bien terrestre – et bien sinistre.

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Suite de l’article : Sous couvert de traquer des « extraterrestres », ce portal ne fait rien d’autre que déshumaniser les migrants en situation irrégulière. Cette stratégie, loin d’être anodine, menace les fondements mêmes de notre humanité commune. Je le dis sans détour : cette rhétorique est très dangereuse. Elle rappelle les mécanismes historiques qui, hier comme aujourd’hui, ont ouvert la voie à la persécution et aux violations massives des droits humains.

Le mot « alien », utilisé ici pour désigner les étrangers, n’est pas anodin. Il plonge ses racines dans les Alien and Sedition Acts de 1798, des lois adoptées sous John Adams pour museler les opposants politiques sous prétexte de menace étrangère. Aujourd’hui encore, ce terme, toujours présent dans la loi fédérale, continue de véhiculer une image de menace et d’altérité. Des États comme la Californie l’ont banni de leurs textes, le jugeant « dérogatoire » et « déshumanisant ». La Maison Blanche, elle, l’exhume avec une ironie macabre, l’associant à des images de soucoupes volantes et de créatures venues d’ailleurs, transformant des êtres humains en monstres à traquer. Comme le souligne le chercheur Romuald Sciora, cette campagne n’est qu’un « coup de propagande » pour alimenter la peur et mobiliser une base électorale.

Le site aliens.gov ne se contente pas de déshumaniser : il instrumentalise. Avec sa carte des arrestations en temps réel, ses « rencontres avec des aliens » (en réalité, des migrants arrêtés), et son formulaire de signalement pour « aliens suspects », il transforme chaque citoyen en auxiliaire de police. Frédérique Sandretto, spécialiste des États-Unis, parle à juste titre de « délation numérique ». Sous couvert de participation citoyenne, on incite à la dénonciation et on normalise la méfiance. Ce climat de méfiance généralisée risque de laisser des traces durables dans le tissu social. Tout cela, avec les outils du XXIe siècle : l’IA, les données en direct, et une communication virale qui amplifie la peur bien au-delà des frontières américaines.

Ce qui me révolte, c’est la banalisation de ce langage. En qualifiant les migrants d« extraterrestres », on les place hors de l’humanité. Or, l’histoire nous montre où mène cette déshumanisation : aux pogroms en Russie tsariste, aux camps nazis pour les Juifs, ou encore à l’apartheid en Afrique du Sud, où les Noirs étaient présentés comme une menace à contenir. Les exemples ne manquent pas : les Tutsis au Rwanda, les Rohingyas en Birmanie. Chaque fois, le langage a précédé la violence. Aujourd’hui, les migrants sont des « aliens » à traquer. La méthode est toujours la même : diaboliser pour mieux exclure.

La Maison Blanche joue avec des symboles puissants. Dans la culture populaire, les extraterrestres sont des envahisseurs à craindre, des êtres sans pitié ni moralité. En reprenant ce code, elle active des réflexes primaires : la peur de l’autre, la défense du territoire à tout prix. Mais les migrants ne sont pas des envahisseurs. Ce sont des êtres humains, souvent fuyant la misère, la guerre ou la violence, cherchant simplement une vie digne. Les réduire à des « aliens », c’est nier leur humanité, et c’est ouvrir la porte à tous les abus.

Je le dis sans ambiguïté : aliens.gov n’est pas une blague, ni une simple opération de communication. C’est un pas de plus vers la normalisation de la haine. Quand la déshumanisation devient politique publique, l’histoire nous enseigne qu’il est déjà vraiment trop tard pour les victimes. Il est temps de dire stop, avant que cette rhétorique ne devienne une norme acceptée.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 03/06/2026

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