Au lendemain de la Tabaski, Elhadji Malick Ka, président des jeunes éleveurs du Sénégal, a tenu une conférence de presse à Dakar pour dénoncer les pertes de la filière.
Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Suite de l’article : Il a affirmé que le marché était correctement approvisionné mais qu’une part importante du bétail est restée invendue, a accusé le ministre Mabouba Diagne de n’avoir pris aucune mesure et a annoncé : « Je rapatrierai plus de 400 têtes vers Ngoundiane. »
Le même jour, il a exigé le départ du ministre et proposé la création d’un ministère spécifiquement dédié à l’élevage, estimant qu’une organisation sectorielle différente apporterait des solutions concrètes. Sa prise de parole a immédiatement structuré la couverture médiatique autour d’un portrait de chef de file victime et défenseur des éleveurs.
Le marché sénégalais connaît traditionnellement une forte activité lors de la Tabaski, fête marquée par une demande saisonnière massive de moutons. Cette année, malgré des marchés approvisionnés, la présence d’animaux invendus a créé des tensions financières pour des éleveurs qui n’ont pas trouvé d’acheteurs suffisants dans la capitale. Des observateurs et certains commerçants ont pour leur part dénoncé des tarifs jugés inaccessibles, pointant la fixation des prix par les vendeurs comme un facteur explicatif.
Le récit médiatique entoure Elhadji Malick Ka d’une aura de protecteur, mais les faits révèlent des angles restés peu explorés. Il est établi qu’il assumera le rapatriement de plus de 400 moutons, un mouvement logistique et financier non négligeable pour des exploitations souvent familiales. Il est aussi établi qu’il a demandé le limogeage de Mabouba Diagne en accusant le ministère d’inaction. En revanche, il n’existe pas dans son intervention de données publiques montrant des actions menées par son organisation pour modérer les prix ou faciliter la commercialisation en amont de la fête.
Les éléments factuels permettent de structurer plusieurs arguments factuels. D’abord, l’existence d’un marché approvisionné mais d’un volume significatif d’invendus indique un déséquilibre entre l’offre et la demande solvable au moment des ventes. Ensuite, la revendication d’un ministre dédié met en lumière une demande de réforme administrative plus qu’un plan opérationnel immédiat. Enfin, le rapatriement de centaines de têtes souligne un coût concret et immédiat supporté par les éleveurs, coût qui n’est pas chiffré publiquement mais qui pèse sur la trésorerie des exploitations.
La construction médiatique du leader se compare parfois à d’autres figures sectorielles qui émergent lors de crises saisonnières: certains porte-parole deviennent symboles avant que les pratiques économiques de leurs membres soient analysées. Autre comparaison possible, la gestion de la filière ovine se rapproche de celle d’autres filières animales où la coordination entre autorités, acheteurs et éleveurs détermine les fluidités commerciales et la stabilité des prix. Ces illustrations factuelles montrent que la lecture du seul conflit politique masque des enjeux commerciaux concrets.
Des éléments complémentaires renforcent ce diagnostic: la Tabaski crée chaque année des flux massifs d’animaux vivants, la logistique de transport et de retour représente une part significative des coûts, et l’absence d’interventions publiques ciblées en amont amplifie les risques pour les petits producteurs. Les chiffres cités par Elhadji Malick Ka, et notamment le rapatriement de plus de 400 têtes, constituent une donnée tangible de la crise subie par la filière.
La séquence post-Tabaski met donc en présence des faits incontestables: des pertes visibles pour des éleveurs, une demande de limogeage portée par un leader médiatique, et un marché qui n’a pas absorbé une part importante de l’offre. Ces éléments factuels appellent une analyse approfondie des pratiques commerciales des éleveurs et de la régulation des prix, sujets qui restent pour l’instant peu documentés dans la rhétorique publique entourant la crise.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Khadim Nd.
Mis en ligne : 03/06/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.





