Aliou Demba Sow, président de la Convergence des éleveurs pour l’émergence du Sénégal (Cees), a été interpellé par la Division des investigations criminelles (Dic) et déféré au parquet.
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Suite de l’article : Il est mis en cause pour escroquerie sur les deniers publics d’un montant de 34 264 400 FCFA. La plainte émane de la Délégation générale à l’entrepreneuriat des femmes et des jeunes (Der/FJ) après un prêt de 50 millions de FCFA contracté en juin 2021.
L’enquête révèle que ce prêt, destiné officiellement à une opération de Tabaski, n’a donné lieu qu’à un unique versement de la part du bénéficiaire malgré de nombreuses relances. Face aux enquêteurs, Aliou Demba Sow a admis avoir partagé l’argent avec 24 membres de son organisation et il a soutenu que ces fonds étaient des « fonds politiques ». Il a fourni l’identité de neuf des 24 personnes évoquées; quatre d’entre elles ont confirmé avoir reçu des sommes mais ont déclaré que « le président leur avait juste dit de prendre les fonds pour relancer leurs activités ».
Les éléments factuels de ce dossier illustrent des défaillances précises dans la supervision des crédits publics. Le prêt est inscrit au registre d’une structure dédiée aux femmes et aux jeunes, dont la mission consiste à financer des projets économiques ciblés. Or, la traçabilité s’interrompt dès que le prêt quitte le cadre contractuel: absence d’une liste complète et vérifiée des bénéficiaires, impossibilité de produire des justificatifs de transfert pour la majorité des montants, et faiblesse des preuves de remboursement. Ces carences rendent difficile la reconstitution des flux et compliquent la mise en œuvre de poursuites pénales ou de mesures de recouvrement.
Les mécanismes de contrôle observés ici contrastent avec les pratiques bancaires et certains dispositifs de microfinance, qui exigent des pièces d’identité, des contrats nominaux et des calendriers stricts de remboursement. Comparé à ces standards, le dossier montre un suivi léger et des garanties insuffisantes. Quand un prêt public sert de fait à alimenter des relais politiques ou des réseaux internes, les conséquences financières frappent en premier lieu les publics cibles: les femmes et les jeunes entrepreneurs dont les projets restent non financés parce que les fonds ont été détournés ou mal gérés.
Sur le plan institutionnel, la multiplication de cas similaires fragilise la confiance dans les organismes publics chargés du développement entrepreneurial. Un prêt non restitué réduit la capacité future de la Der/FJ à soutenir des initiatives productives et crée un effet d’éviction pour des porteurs sérieux. La difficulté à identifier l’ensemble des bénéficiaires complique par ailleurs l’évaluation de l’impact réel des crédits accordés et empêche l’établissement de responsabilités précises au sein des structures bénéficiaires.
Des constats supplémentaires apparaissent dans ce dossier: l’utilisation d’un prêt pour une opération saisonnière comme la Tabaski sans garanties adaptées, le faible niveau de documentation des transferts et la dépendance à des déclarations orales pour justifier la distribution des sommes. Ces failles sont autant de vecteurs potentiels de fraude et d’inefficacité qui pèsent sur l’accès réel au financement pour les populations visées. En rassemblant les faits, l’affaire met à nu les lacunes d’un système de prêt public dont la défaillance pénalise d’abord les femmes et les jeunes entrepreneurs et qui, à terme, érode la crédibilité des institutions chargées du financement public.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Samba T.
Mis en ligne : 0906/2026
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