Tivaouane : Comment des ordonnances falsifiées ont inondé le marché - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Santé | Par Maimouna | Publié le 16/06/2026 06:06:00

Tivaouane : Comment des ordonnances falsifiées ont inondé le marché

Le mercredi 10 juin, la police de Nguinth à Thiès a été alertée par le président des pharmaciens privés après un client suspect à la Pharmacie Rond-Point Nguinth lié à l’hôpital Mame Abdou Aziz Sy Dabakh de Tivaouane.

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Suite de l’article : Le client, El H. S. Cissé, a été trouvé avec ordonnances et psychotropes; l’enquête a mené à l’arrestation du vigile M. N. Ndiaye. L’affaire concerne l’Alpraz 1 mg, benzodiazépine strictement réglementée. Des saisies et des aveux ont suivi.

Le signalement faisait suite à l’achat répété d’Alpraz par le même individu en moins de vingt-quatre heures, geste qui a éveillé les soupçons du pharmacien et déclenché la procédure policière.

L’analyse des faits révèle un dispositif simple et efficace pour contourner les contrôles: selon l’enquête, El H. S. Cissé a présenté plusieurs ordonnances tamponnées au nom du docteur Mamadou Ka, un comprimé d’Alpraz retrouvé sur lui et des photos d’ordonnances similaires dans son téléphone. Lors de son audition, il a invoqué des « troubles du sommeil ». Le développement de l’enquête a conduit les policiers à un agent de sécurité surnommé « Capitaine », identifié comme M. N. Ndiaye, qui, confronté, a admis avoir subtilisé un cachet du médecin et des ordonnances vierges dans le bureau des praticiens, puis établi de fausses prescriptions.

Il a expliqué: « j’ai récupéré un cachet du docteur Mamadou Ka ». Une perquisition à son domicile a permis de saisir le tampon nominatif du médecin, contenant des fautes d’orthographe. Les deux mis en cause ont été placés en garde à vue pour association de malfaiteurs, faux et usage de faux en écriture privée, vol, exercice illégal de la médecine et infractions à la législation sur les stupéfiants. Les saisies comprennent sept ordonnances tamponnées, une plaquette de 14 comprimés d’Alpraz, une boîte de 11 comprimés de Lexomil 6 mg et 740 000 F CFA en numéraire.

Les éléments rassemblés font apparaître des failles organisationnelles: l’accès à des tampons et à des ordonnances non sécurisées, l’absence apparente de traçabilité stricte des prescriptions et un contrôle interne insuffisant des locaux médicaux. Ces manquements sont des points d’entrée classiques pour alimenter un marché noir des psychotropes, marché qui favorise l’abus et la circulation de produits détournés hors chaîne pharmaceutique. Les benzodiazépines, comme l’alprazolam et le bromazépam (commercialisé sous le nom Lexomil), sont des psychotropes contrôlés en raison du risque d’accoutumance, de mésusage et de surdosage, surtout en association avec l’alcool ou des opiacés.

Des exemples comparables existent dans d’autres pays où la falsification d’ordonnances et le vol de tampons médicaux ont servi de mode opératoire pour fournir des drogues psychotropes au marché parallèle. Le cas observé à Tivaouane illustre comment la collusion interne entre personnel hospitalier et revendeurs peut court-circuiter les dispositifs réglementaires et créer une chaîne d’approvisionnement illicite avec de fortes conséquences sanitaires et criminelles.

Des investigations complémentaires sont nécessaires pour établir l’étendue des complicités et cartographier la distribution des produits saisis. Les charges déjà retenues contre les suspects reposent sur des éléments matériels et des aveux, mais l’enquête devra déterminer si d’autres employés ou circuits de revente ont été impliqués. La diffusion de photos d’ordonnances et la somme d’argent saisie suggèrent une activité commerciale plus large que l’acte isolé d’un client.

L’affaire pose une question pratique et urgente: comment sécuriser les imprimés, les tampons et l’accès aux locaux médicaux pour couper court aux détournements? Les éléments factuels rassemblés montrent un schéma connu et potentiellement reproductible si rien n’est renforcé au niveau des procédures internes et du contrôle pharmaceutique. Les autorités judiciaires et sanitaires disposent désormais d’indices concrets; la suite de l’enquête devra préciser l’ampleur des responsabilités et permettre d’empêcher que des psychotropes réglementés ne nourrissent un marché noir aux conséquences sanitaires graves.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Aminata Sy.
Mis en ligne : 16/06/2026

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