Révision constitutionnelle : Le double jeu des députés - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Eva | Publié le 16/06/2026 12:06:00

Révision constitutionnelle : Le double jeu des députés

Dans son édition du 13 juin 2026, L’Observateur révélait une initiative parlementaire surprise : une proposition de loi visant à réviser la Constitution, portée par des députés de Pastef/Les Patriotes, alors que le président Bassirou Diomaye Faye avait déjà enclenché son propre processus de réforme.

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Suite de l’article : Je ne peux m’empêcher de voir dans cette dualité une source de désordre institutionnel. En voulant doubler le chef de l’État, les députés risquent de brouiller un processus déjà validé par le Conseil constitutionnel, au lieu de renforcer la cohérence des réformes.

Le président Faye, fort des dialogues nationaux sur la justice (2024) et le système politique (2025), avait soumis des avant-projets de loi au Conseil constitutionnel. Le 25 mai, les Sages ont validé plusieurs dispositions, notamment la création d’une Cour constitutionnelle et la transparence des ressources naturelles. Pourtant, plutôt que de s’aligner sur cette démarche, les députés de la majorité ont choisi de lancer leur propre texte, intégrant certes les corrections du Conseil, mais en ignorant délibérément la dynamique présidentielle. Une manière de jouer avec le feu institutionnel.

L’article souligne que cette manœuvre est « un processus complexe et atypique », selon l’expert électoral Ndiaga Sylla. Je partage cette inquiétude. Transformer un projet présidentiel déjà examiné en une proposition parlementaire relève d’une stratégie risquée. Pourquoi créer deux voies parallèles alors qu’une seule, concertée, aurait évité les tensions ? L’ancien député Moussa Tine va plus loin : « Ceux qui veulent doubler le président vont nous installer dans une nouvelle tension politique. » Et il a raison.

Premièrement, l’article 103 de la Constitution est clair : aucune révision ne peut aboutir sans l’aval du président. Que les députés adoptent leur texte à la majorité simple ou non, le blocage final est inévitable. Le référendum ? Prérogative exclusive du chef de l’État. La voie parlementaire ? Elle nécessite que le président soumet lui-même le texte aux députés. Sans son accord, tout cela n’est qu’un coup d’épée dans l’eau.

Deuxièmement, cette dualité nourrit la confusion. Comment les Sénégalais peuvent-ils avoir confiance dans un processus où les acteurs institutionnels semblent se faire concurrence plutôt que de collaborer ? La crédibilité des réformes en prend un coup.

Enfin, les exemples africains devraient nous servir de leçon. En Côte d’Ivoire ou à Madagascar, l’instrumentalisation politique des règles constitutionnelles a menées à des crises majeures. Au Ghana ou au Nigéria, les Cours suprêmes n’hésitent pas à invalider des lois contraires à la Constitution, rappelant que l’équilibre des pouvoirs ne se décrète pas, il se construit.

Je le dis sans détour : cette initiative parlementaire est une erreur. Non seulement elle risque de bloquer les réformes en raison de l’obligation constitutionnelle de l’aval présidentiel, mais elle sape la confiance dans nos institutions. Plutôt que de rivaliser avec le président, les députés devraient s’unir autour d’un projet commun. La réforme constitutionnelle est trop importante pour être otage. Le Sénégal mérite mieux que ce gâchis.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 16/06/202
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