Marie-Angélique Mame Selbé Diouf, ministre de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, et Amsatou Sow Sidibé, présidente de la Commission nationale des droits humains, ont ouvert mardi à Mbour un atelier d’évaluation de trois jours consacré à l’excision.
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Suite de l’article : La loi sénégalaise de 1999 interdit les mutilations génitales féminines; 1999-2026 marque 27 ans d’une interdiction légale. L’objectif officiel: comprendre les blocages et proposer des mesures pour accélérer l’éradication.
Après ces faits, les déclarations publiques ont mis en lumière un constat sans fard: la pratique persiste dans certaines localités malgré l’encadrement juridique, et le nombre de poursuites reste faible. La ministre a insisté sur la nécessité d’identifier les obstacles; la CNDH a décrit l’excision comme une « violence atroce » et a demandé une application plus ferme de la loi.
La réalité rapportée à Mbour expose plusieurs défaillances mesurables. La loi existe depuis 27 ans mais les procédures judiciaires restent rares, ce que les participant·e·s ont imputé à des enquêtes insuffisantes, à des plaintes peu déposées et à une difficulté à recueillir des preuves dans des communautés où règne le secret. Les autorités administratives locales peinent à traduire la prohibition en actions concrètes: absence de plan de surveillance systématique, faiblesse des campagnes de prévention ciblées et lacunes dans la formation des acteurs judiciaires et sanitaires.
Les mécanismes institutionnels apparaissent fragmentés. La coordination entre les services sociaux, la police et les tribunaux est décrite comme intermittente, avec des relais locaux souvent débordés ou peu informés des procédures à suivre. La Commission nationale des droits humains a souligné le lien entre impunité et persistance de la pratique, réclamant une application « plus rigoureuse » de la loi pour que l’interdiction ne reste pas formelle. Ces constats suggèrent une chaîne de responsabilité brisée entre la loi votée à Dakar et sa mise en œuvre au village.
Sur le volet socioculturel, l’atelier a confirmé que des résistances persistent: justification par des pratiques traditionnelles, désinformation sur la religion, et pression sociale sur les familles. Ces facteurs compliquent la récolte de preuves et la protection des victimes. À l’instar d’autres pays de la région confrontés à des pratiques enracinées, le Sénégal fait face à une combinaison d’impunité judiciaire et de normalisation sociale qui freine les poursuites.
Les participants ont évoqué plusieurs pistes factuelles: renforcement de la formation des magistrats et des forces de l’ordre, amélioration de la prise en charge médicale et psychologique des victimes, et renforcement des mécanismes de signalement anonymes. Les échanges ont insisté sur la nécessité de chiffres fiables et de cartographies locales pour cibler les interventions et mesurer l’impact des actions. La faiblesse actuelle des données empêche de suivre l’efficacité des mesures prises depuis 1999.
En perspective comparative, la situation rappelle que l’existence d’une loi n’entraîne pas automatiquement son application, comme cela se voit pour d’autres infractions sociales où la mise en œuvre judiciaire reste déficiente. La conférence de Mbour vise à transformer des outils juridiques en moyens opérationnels sur le terrain, mais les obstacles techniques et sociaux restent nombreux.
La synthèse des travaux devra désormais produire recommandations opérationnelles et échéances claires afin que l’interdiction de 1999 cesse d’être une promesse juridique et devienne une pratique protégée par l’État. La persistance de l’excision après 27 ans d’interdiction met en lumière des failles judiciaires et administratives qui exigent des réponses mesurables et coordonnées pour garantir la protection des filles.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Sokhna Astou.
Mis en ligne : 20/06/2026
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