Cinq scrutins en trois ans : Le Sénégal peut-il se payer ce luxe ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Maimouna | Publié le 03/07/2026 12:07:30

Cinq scrutins en trois ans : Le Sénégal peut-il se payer ce luxe ?

Je ne peux rester indifférent face à l’article révélant les tensions entre l’exécutif et le Parlement au Sénégal, où Aminata Touré, coordinatrice de la coalition Diomaye Président, brandit la menace d’un référendum pour contrer ce qu’elle qualifie de « détournement » du projet de révision constitutionnelle.

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Suite de l’article : Organiser jusqu’à cinq scrutins entre 2024 et 2027 dans un pays aussi endetté que le Sénégal relève d’un gaspillage inacceptable des ressources publiques.

Le Sénégal, souvent cité en exemple de stabilité démocratique en Afrique, traverse une période économique délicate. Selon des audits récents, la dette publique a dépassé les 119 % du PIB en 2026, un niveau alarmant qui absorbe près de 30 % des recettes fiscales rien qu’en charges d’intérêts. Dans ce contexte, le budget 2026, estimé à 7 433 milliards de FCFA, est déjà sous tension, avec des dépenses en hausse de 15,5 % par rapport à 2024. Pourtant, entre l’élection présidentielle de 2024, les législatives de la même année, un éventuel référendum en 2026, une dissolution possible de l’Assemblée nationale en 2027, et les locales de 2027, le pays s’engagerait dans une frénésie électorale coûteuse et contre-productive.

L’article révèle une bataille institutionnelle où Aminata Touré dénonce une « opération de représailles » des députés, visant à limiter les prérogatives du président Diomaye Faye. Mais au-delà des querelles de pouvoir, c’est l’absurdité de la situation qui me frappe. Alors que des urgences sociales criantes — chômage des jeunes, flambée des prix, pénurie de semences pour les agriculteurs — attendent des solutions, l’énergie et l’argent public sont gaspillés dans des joutes politiques.

Le Plan de Redressement Économique et Social (PRES) 2026, doté de 633 milliards de FCFA, vise justement à répondre à ces urgences via 44 projets structurants dans l’agriculture, l’éducation ou la santé. Comment justifier, dans ces conditions, de dépenser des milliards supplémentaires pour des élections à répétition ?

Organiser des élections, c’est mobiliser des moyens logistiques colossaux : sécurité, matériel, sensibilisation, etc. En France, par exemple, les législatives de 2024 ont coûté 66 millions d’euros rien qu’en financement des partis. Au Sénégal, où les infrastructures et la logistique sont moins développées, le coût serait proportionnellement bien plus élevé. Chaque franc dépensé dans une urne est un franc volé aux hôpitaux, aux écoles ou aux champs.

L’Afrique, et le Sénégal en particulier, n’est pas épargnée par le phénomène de « fatigue du vote ». Depuis les années 2000, l’abstention moyenne sur le continent atteint 50 %, signe d’un désengagement citoyen face à des processus électoraux perçus comme trop fréquents ou déconnectés de leurs réalités. Multiplier les scrutins, c’est risquer de vider la démocratie de sa substance, en lassant les électeurs et en affaiblissant la légitimité des institutions.

Comparons avec d’autres pays africains. Au Ghana, la dette publique a frôlé les 100 % du PIB avant une restructuration douloureuse en 2022, avec un haircut de 37 % pour les créanciers. Le Sénégal, avec un ratio dette/PIB déjà supérieur, ne peut se permettre de reproduire les erreurs d’un endettement mal maîtrisé. Les élections à répétition, en plus de leur coût direct, envoient un signal négatif aux investisseurs et aggravent la méfiance des partenaires économiques.

En Afrique, les pays qui ont cédé à la tentation des scrutins trop fréquents ont souvent payé le prix fort. La « démocrature » — ce mélange de démocratie formelle et de pratiques autoritaires — a montré ses limites : des élections à répétition, sans alternance réelle, finissent par décrédibiliser le processus démocratique. Le Sénégal, jusqu’ici modèle de stabilité, risque de basculer dans ce piège si l’on sacrifie l’intérêt général sur l’autel des calculs politiques.

Je le dis sans détour : le Sénégal n’a pas les moyens de ce luxe. Entre 2024 et 2027, cinq scrutins, c’est cinq occasions de détourner l’attention et les ressources des vrais défis. L’urgence, ce sont les 633 milliards du PRES à investir dans l’agriculture, l’éducation et la santé, pas dans des campagnes électorales. L’urgence, c’est de préserver la confiance des citoyens et des marchés, pas de les épuiser.

Aminata Touré a raison sur un point : l’intérêt supérieur de la Nation doit primer. Mais cet intérêt, aujourd’hui, ce n’est pas un référendum ou des législatives anticipées. C’est de mettre fin à cette hémorragie électorale et de recentrer l’action publique sur ce qui compte vraiment : le bien-être des Sénégalais. Sinon, le pays risque de payer cher, très cher, cette frénésie politique. Et ce sont toujours les plus pauvres qui trinqueront.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 03/07/202
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