Quand les rumeurs gouvernent : Le prix de l'opacité - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Maimouna | Publié le 11/08/2026 12:08:30

Quand les rumeurs gouvernent : Le prix de l'opacité

Je ne peux rester indifférent en lisant les déclarations du ministre Abdourahmane Diouf sur les ondes de la Radio Sénégal. Selon lui, l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko aurait épuisé l’intégralité des 1,77 milliard de FCFA alloués aux fonds secrets de la Primature, avant de solliciter une rallonge budgétaire.

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Suite de l’article : Si ces allégations s’avèrent exactes, elles confirment une tendance inquiétante : l’opacité comme arme politique, et la reddition des comptes comme variable d’ajustement des luttes de pouvoir.

Au Sénégal, comme dans bien d’autres pays africains, les fonds secrets ou « caisses noires » sont une institution aussi ancienne que controversée. Ces enveloppes, allouées discrétionnairement à la Présidence, à la Primature ou à d’autres institutions stratégiques, échappent à tout contrôle parlementaire ou citoyen. Leur justification ? Des impératifs de sécurité nationale ou de flexibilité administrative. Mais dans les faits, elles deviennent trop souvent des outils de manipulation politique, où la discrétion vire à l’impunité.

Le débat n’est pas nouveau. Dès 2025, des députés comme Thierno Alassane Sall qualifiaient ces fonds de « vol organisé », dénonçant l’absence de vote parlementaire et de transparence. Pire, en juillet 2026, l’Assemblée nationale a enfin initié des propositions de loi pour encadrer ces crédits spéciaux… mais après des années de tergiversations. Pendant ce temps, des requêtes citoyennes, comme celle du juge Ibrahima Hamidou Dème, ont été déclarées irrecevables par la Cour suprême, au motif que le montant exact de ces fonds relève du « secret d’État ».

Les déclarations du Dr Diouf interviennent dans un contexte explosif : la rupture consommée entre Ousmane Sonko et le président Bassirou Diomaye Faye, son ancien protégée. Limogé en mai 2026 après des mois de tensions, Sonko est désormais président de l’Assemblée nationale, d’où il peut exercer un contre-pouvoir redoutable. Dans ce climat, les révélations sur les fonds secrets sonnent comme une arme de guerre politique.

Pourtant, aucune preuve tangible n’a été avancée. Aucune facture, aucun rapport comptable, aucune trace écrite. Juste des allégations portées par un ministre désormais aligné sur le parti présidentiel Kiiraay. Ousmane Sonko, lui, n’a pas encore réagi. Mais l’histoire nous enseigne une chose : quand la transparence fait défaut, ce sont les rumeurs qui gouvernent.

Les fonds secrets sont, par définition, opaque. Mais quand un ministre les utilise comme argument pour discréditer un adversaire, sans fournir la moindre preuve, on bascule dans l’instrumentalisation. Si Sonko a effectivement épuisé son enveloppe, pourquoi ne pas le prouver ? Pourquoi ne pas publier les justificatifs, comme le réclame depuis des mois la société civile ?

En 2025, le gouvernement avait déjà été accusé d’avoir contracté 650 millions d’euros d’emprunts secrets via des « swaps » financiers, avant de démentir sous la pression médiatique. Aujourd’hui, c’est au tour des fonds de la Primature d’alimenter les polémiques. Combien de fois faudra-t-il répéter les mêmes erreurs avant que des garde-fous ne soient enfin mis en place ?

Le Sénégal traverse une crise de défiance institutionnelle. Les manifestations de 2021-2024 contre Macky Sall, les tensions entre Faye et Sonko, les accusations de détournements ou de manipulations judiciaires… Tout cela mine la crédibilité de l’État. Dans ce contexte, jeter des soupçons sans preuves, c’est ajouter de l’huile sur le feu.

En Afrique du Sud, les « secret funds » du parti ANC ont longtemps été un sujet de scandale, jusqu’à ce que la Cour constitutionnelle n’exige leur audit. En France, les « fonds spéciaux » de la présidence ont été réduits après des affaires de corruption. Même au Maroc, des réformes ont été engagées pour limiter l’arbitraire des dépenses discrétionnaires.

Pourquoi le Sénégal, qui se targue d’être une démocratie stable, persisterait-il dans l’opacité ? La transparence n’est pas une option, c’est une obligation pour toute nation qui se respecte.

Je ne prends pas parti pour ou contre Ousmane Sonko. Mais je refuse de voir la gestion des deniers publics transformée en bataille de communication. Si le ministre Diouf a raison, qu’il apporte les preuves. Si Sonko a des explications, qu’il les donne. Les citoyens sénégalais méritent mieux que des déclarations en l’air et des silences complices.

La balle est dans le camp des institutions. Soit elles ouvrent les livres de comptes et rétablissent la confiance. Soit elles acceptent que le doute et la défiance continuent de ronger le pays. À nous de choisir : la lumière ou l’ombre.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 11/08/202
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