En février 2026, la Division nationale de lutte contre la traite (Dnlt) a découvert au Sénégal un vaste dossier de fraude bancaire lié à un réseau de faussaires démantelé pour trafic de migrants et falsification documentaire.
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Suite de l’article : Les principaux mis en cause sont A. B. Diène alias « Le Savant », M. Dia alias « Momo » et l’agent bancaire E. L. Faye dit « Jaazz ». Les enquêteurs évoquent des usurpations d’identité, des faux registres commerciaux et des ordres de virement falsifiés.
Cette révélation part d’un dossier de fraude documentaire puis s’est étendue aux opérations financières, exposant des failles concrètes dans les procédures bancaires et la protection des clients.
L’affaire s’inscrit dans un cadre judiciaire ouvert après l’arrestation du réseau courant février 2026, puis la présentation devant le Pool judiciaire financier des principaux protagonistes. Les investigations ont montré un mode opératoire structuré : M. Dia fournissait des photographies de personnes, A. B. Diène fabriquait des cartes d’identité et des documents commerciaux sous des noms usurpés, et des comptes société étaient ouverts dans plusieurs banques avec ces éléments falsifiés.
La liste des sociétés fictives utilisées inclut Africa Transport Aéroportuaire, Bibo Transit, Sigma Transit, Transport Duèye Sénégal, Comptoir Business Company et Fayu Business Company. Des Ninéas et des registres de commerce falsifiés ont servi à créer des comptes dans plus d’une dizaine d’établissements financiers, citons entre autres la Boa, la Bnde, la Sgs, Coris Bank, Nsia Banque, Afrika Bank, Uba, Bis, Ecobank et Sunu Bank. Les enquêteurs ont retrouvé des cachets numérisés, des spécimens de signatures de dirigeants de grandes entreprises et des coupures de chèques appartenant à des banques.
L’instruction met l’accent sur le rôle présumé d’un gestionnaire de portefeuilles à la Boa, identifié comme E. L. Faye, qui aurait extrait du système d’information bancaire des modèles d’ordres de virement et des libellés de courriels de services comptables d’entreprises clientes. Ces modèles auraient permis de falsifier des ordres de virement présentés comme émis par des entreprises telles que Olam Agri, Sonam Assurances Sénégal, les Grands Moulins de Dakar et la Lonase. Un courriel de validation RTGS relatif à un retrait frauduleux de 92 000 000 FCFA a été retrouvé dans le téléphone de M. Dia, selon les éléments de l’enquête.
Sur le plan financier, la bande aurait tenté de soustraire 700 000 000 FCFA; 211 174 524 FCFA auraient été effectivement détournés, ce qui représente presque un tiers du montant visé. Des entreprises victimes se sont constituées parties civiles et ont confirmé des retraits frauduleux. Les investigations évoquent également des actes préparatoires visant le détournement d’un bon du Trésor de 500 000 000 FCFA à partir d’un compte du ministère des Finances au préjudice de la Bnde.
Ces faits documentés révèlent des lacunes opérationnelles : accès insuffisamment contrôlé aux modèles d’ordres, absence persistante d’une séparation stricte des tâches pour les validations, et tolérance de preuves numérisées sans authentification complémentaire. La circulation d’éléments sensibles hors des systèmes sécurisés a facilité la reproduction de cachets et de signatures, tandis que des validations RTGS ont pu être simulées ou approuvées sans vérification indépendante.
Par comparaison, la fraude a touché plusieurs établissements simultanément au lieu d’une seule banque, ce qui signale un problème systémique plutôt qu’un incident isolé; la part volée, proche d’un tiers du montant visé, illustre l’ampleur des pertes potentielles quand les contrôles cèdent. Les mis en cause ont partiellement reconnu la confection de faux documents, tandis que d’autres ont nié leur implication malgré les traces numériques et les validations retrouvées.
La procédure suit son cours devant la justice financière, avec des chefs d’accusation couvrant le faux, l’usage de faux, l’usurpation d’identité, l’accès frauduleux aux systèmes informatiques, les retraits frauduleux et le blanchiment. Au-delà des poursuites, cette affaire pose une question simple et exigeante pour les établissements : les dispositifs internes actuels suffisent-ils à préserver l’épargne et la confiance publique lorsque des acteurs disposent d’un accès direct à des informations sensibles ? Les réponses devront émerger des audits et des réformes demandées par les victimes et par la procédure judiciaire.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Amadou C.
Mis en ligne : 13/07/2026
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