Le président Bassirou Diomaye Faye a, lors du dernier Conseil des ministres, rappelé à l’ordre les dirigeants du secteur parapublic, pointant du doigt des insuffisances criantes en matière de gestion des ressources, de respect des procédures et de transparence.
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Suite de l’article : Si je salue la volonté affichée de rigueur, je ne peux m’empêcher de douter : ce nouveau rappel sonnera-t-il enfin le glas des dérives endémiques, ou ne sera-t-il qu’un énième coup de semonce sans lendemains ?
Le secteur parapublic sénégalais traîne une réputation désastreuse. Depuis les années 1970, des entités comme l’ONCAD ou la BNDS ont illustré les limites d’un système miné par la corruption, les effectifs pléthoriques et l’inefficacité. Aujourd’hui, le constat est accablant : des contrats opaques (comme les 200 milliards FCFA classés « secret-défense » en 2024), des dettes cachées (7 milliards de dollars révélés par le FMI, portant la dette publique à plus de 130 % du PIB), et des ressources propres ne couvrant qu’un quart des budgets prévisionnels. Le gouvernement a bien annoncé la suppression de 19 entités parapubliques pour économiser 96 millions de dollars, mais à quel prix social et politique ?
Le président Faye a relevé des manquements graves : gestion hasardeuse des ressources humaines, utilisation abusive des véhicules administratifs, signature de contrats engageant durablement des structures en période de transition. Ces pratiques ne sont pas nouvelles. Elles révèlent une culture de l’impunité et un mépris des règles les plus élémentaires. Pourtant, les mécanismes de contrôle existent : Cour des Comptes, OFNAC (Office national de lutte contre la fraude et la corruption), corps de contrôle de l’État. Leur mobilisation accrue, annoncée par le chef de l’État, est une avancée sur le papier. Mais comment croire en leur efficacité quand, année après année, les rapports s’empilent sans suite concrète ?
Les réformes se succèdent sans résultat durable. En 2024, le Parlement a adopté des lois pour renforcer l’OFNAC et la déclaration de patrimoine. Pourtant, le Sénégal reste dans la « zone rouge » de l’Indice de Perception de la Corruption (46/100 en 2025), avec des dossiers sensibles toujours non élucidés (8 milliards FCFA pour les sinistrés de Bakel, 37 milliards dans l’affaire ASER–AE Power). Les annonces ne suffisent plus : il faut des actes.
Où sont les responsables tenus pour compte ? Les corps de contrôle identifient les fautes, mais les sanctions restent rares. Sans redevabilité, les rappels à l’ordre ne sont que des mots. Le Forum civil le souligne : la transparence exige que la lumière soit faite sur les dossiers sensibles. Or, les rapports (comme celui de Forvis Mazars sur la dette publique) peinent à être rendus publics.
La suppression de 19 entités parapubliques est une mesure nécessaire, mais elle intervient dans un contexte social tendu (mobilisations des enseignants et étudiants). Sans plan de transition crédible, cette réforme risque d’aggraver les tensions sans garantir une gouvernance plus saine. Le FMI a gelé une facilité de crédit de 1,8 milliard de dollars après la découverte de dettes cachées : un signe que les partenaires du Sénégal attendent des preuves, pas des promesses.
La corruption et la mauvaise gestion sont ancrées dans les pratiques. Les contrats opaques, les embauches clientélistes et les dépenses non maîtrisées sont monnayables. Les dirigeants du parapublic savent que les contrôles peuvent être contournés. Sans une volonté politique implacable, les vieilles habitudes reprendront le dessus.
Ailleurs en Afrique, des pays comme le Rwanda ou le Botswana ont montré qu’une gouvernance rigoureuse était possible, avec des institutions indépendantes et une tolérance zéro pour la corruption. Même au Nigeria, malgré des défis immenses, l’agence anti-corruption (EFCC) a obtenu des condamnations spectaculaires. Le Sénégal, lui, peine à passer des discours aux actes. Les réformes adoptées en 2025 (protection des lanceurs d’alerte, accès à l’information) sont louables, mais leur application reste timide.
Je ne nie pas la bonne foi du président Faye. Son rappel à l’ordre est un signal fort, et la volonté de renforcer les contrôles est une étape nécessaire. Mais je reste sceptique. Tant que les responsables ne seront pas sanctionnés, que les rapports de contrôle resteront lettre morte, et que les réformes seront appliquées à moitié, la gouvernance du secteur parapublic continuera de se dégrader. La transparence et la redevabilité ne se décrètent pas : elles se conquièrent par des actions concrètes et durables. Le moment est venu de passer des mots aux actes sinon, ce rappel à l’ordre ne sera qu’un coup de gueule de plus dans le vide.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 28/07/2026
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