Parler, critiquer, provoquer : Où s’arrête la liberté d’expression ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Maimouna | Publié le 08/08/2026 12:08:30

Parler, critiquer, provoquer : Où s’arrête la liberté d’expression ?

Je refuse que la parole vive soit transformée en délit quand elle gêne les puissants. L’arrestation d’une militante pour des propos jugés « contraires aux bonnes mœurs » révèle une mécanique que je condamne : museler les critiques au nom de la morale pendant que les vraies responsabilités politiques restent à l’abri.

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Suite de l’article : Ma position est claire et ferme : criminaliser l’insulte ou la provocation politique sert souvent à masquer l’impunité des dirigeants et à détourner l’attention publique des questions de gouvernance.

La scène est simple et parlante. Une influenceuse et militante publie une vidéo où elle attaque un chef d’État et se moque de son passé électoral. Les autorités de sécurité cybernétique interviennent, la retenue finit en garde à vue, et le parquet s’autosaisit. Le spectacle judiciaire remplace le débat politique. Le sujet controversé autour de l’affaire initiale devient secondaire face à la démonstration de force de l’État. Les citoyens regardent, polarisés, tandis que les dossiers de fond continuent de moisir : gestion des ressources, transparence des institutions, et responsabilité des élus.

Je pousse la réflexion plus loin sur la responsabilité des dirigeants ciblés. Quand un président ou un ministre saisit la justice pour des attaques personnelles, il confond l’autorité publique avec sa personne. Cette confusion est dangereuse. Elle banalise le recours aux instruments judiciaires pour régler des comptes politiques et elle offre un bouclier face aux critiques légitimes. La criminalisation de propos désagréables encourage la culture de l’impunité : si toute protestation peut être qualifiée d’atteinte aux bonnes mœurs, qui osera enquêter sur les détournements, dénoncer les négligences ou questionner les choix budgétaires ?

J’observe la même stratégie dans d’autres contextes où l’autorité se fragilise : comme en Turquie, où la loi sur l’insulte au président a servi à écraser des voix dissidentes, et comme à l’époque coloniale, quand la censure était un outil pour garantir la paix des élites. Ces comparaisons ne visent pas à dramatiser inutilement la situation, elles montrent que la tentation de répondre par la répression existe dès que le pouvoir préfère sa tranquillité à la responsabilité. La création de structures spécialisées de cybersécurité devient inquiétante si ces structures servent d’abord à surveiller l’opposition au lieu de combattre la cybercriminalité sérieuse.

Je refuse l’argument selon lequel la morale publique justifie la sévérité judiciaire systématique. La démocratie demande de la robustesse dans la parole, pas de la fragilité dans l’autorité. Les dirigeants doivent accepter d’être la cible de moqueries, d’attaques et d’examens publics. Quand ils répondent par la loi, ils déplacent le centre du débat vers des questions de moralité privée et ils gagnent du temps pour esquiver des responsabilités concrètes. Le vrai danger est que la société finisse par confondre dignité du pouvoir et impunité du pouvoir.

Je demande que la justice soit indépendante et proportionnée, que les sanctions visent les délits graves et non les passions bruyantes d’une époque numérique, et que les dirigeants assument leur responsabilité politique au lieu d’invoquer la répression. Si nous acceptons que la critique puisse être bâillonnée pour préserver l’image d’un élu, nous acceptons en même temps que le pouvoir se mette hors contrôle, à l’abri des questions qui font une démocratie vivante. Je veux une République où l’on débat fort, où l’on s’offense parfois, mais où l’on ne confond jamais la critique avec le crime.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 08/08/202
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