En juillet 2026, au Sénégal, 26,45 % des candidats au baccalauréat ont été admis au premier tour. En 2025, moins d’un candidat sur deux avait obtenu le diplôme après les deux tours parmi plus de 160 000 inscrits.
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Suite de l’article : Le ministre de l’Éducation a annoncé la création d’universités techniques publiques pour mieux articuler formation et emploi. Pourtant, la situation reste tendue entre amphithéâtres saturés et ateliers en quête de main-d’œuvre.
L’héritage scolaire colonial a installé une hiérarchie entre le bureau et l’atelier qui perdure dans les choix d’orientation et dans le regard des familles.
Les chiffres disent l’écart entre la demande sociale et les besoins économiques. Avec 26,45 % d’admis au premier tour, la première sélection renvoie une majorité de jeunes vers un second tour ou vers l’échec. Les universités publiques, l’Université Cheikh Anta Diop en tête, affichent des capacités d’accueil dépassées, tandis que le marché réclame des profils techniques. Les entreprises peinent à recruter des soudeurs, des électriciens, des frigoristes et des professionnels de l’hôtellerie, alors que des lycéens techniques reçoivent des enseignements en mécanique, électrotechnique ou dessin industriel pour ensuite rejoindre des licences de droit ou de sociologie faute de filières d’accueil adaptées.
La formation professionnelle traîne une réputation dévalorisante qui se nourrit du vocabulaire familial. On entend dire qu’untel « n’a que son CAP » ou qu’un autre « a dû » aller en formation professionnelle. Le Fonds de financement de la formation professionnelle et technique a même reconnu publiquement que « il fallait inverser cette fausse perception ». Ce stigmate fait du parcours technique une sanction plutôt qu’un choix préparé dès le collège, ce qui décourage des vocations et vide certaines filières de candidats motivés.
Des initiatives existent mais restent fragiles. L’État s’est fixé l’objectif d’orienter 30 % des jeunes vers la formation professionnelle. Le concours national TerangaSkills a désigné un champion par région sur quatorze et organise une finale nationale pour valoriser les métiers. Ces dispositifs rencontrent l’enthousiasme des employeurs et des formateurs, mais ils butent sur des réalités matérielles : lycées techniques qui attendent des machines, ateliers pédagogiques à rénover, et des parcours où un CAP n’ouvre pas systématiquement sur un BTS puis sur une licence professionnelle.
On peut comparer le diplôme de baccalauréat devenu filtre social à un goulot d’étranglement qui alimente des amphithéâtres saturés, et comparer en face les chantiers et hôtels qui restent à la recherche de techniciens qualifiés. Cette dissonance produit un gaspillage de talents : des jeunes formés pour des métiers concrets sont orientés vers des filières générales tandis que des secteurs porteurs restent en pénurie de compétences.
Dakar, qui doit accueillir les Jeux olympiques de la jeunesse, verra des milliers de visiteurs évaluer la capacité du pays à recevoir. Les métiers de l’accueil exigent des formations professionnelles solides ; un chef de partie ou une gouvernante d’hôtel sont des professionnels recherchés au-delà des frontières. Le bâtiment, l’artisanat, les énergies et le numérique technique offrent des débouchés concrets si l’on lie l’orientation scolaire aux besoins du marché.
Le constat factuel reste net : l’obsession du baccalauréat général transforme le diplôme en filtre social, alimente la saturation universitaire et stigmatise des parcours utiles à l’économie. Les annonces ministérielles et les concours valorisant les métiers apportent des réponses partielles; leur portée dépendra des moyens alloués aux lycées techniques, de la reconnaissance sociale des formations manuelles et de la capacité des filières à construire des passerelles vers des diplômes supérieurs. Le pays dispose d’emplois sous les yeux; il lui reste à adapter l’orientation et à rendre la formation professionnelle attirante et accessible.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Ibrahim F.
Mis en ligne : 20/08/2026
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