Je refuse de me contenter d’une indignation de salon: la révélation d’un détournement de 390 millions de FCFA au ministère de la Santé est la preuve d’une impunité qui s’est installée chez des hauts fonctionnaires et qui ronge la crédibilité de l’État.
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Suite de l’article : J’estime que ce n’est pas un fait isolé mais le symptôme d’un appareil administratif qui laisse des failles béantes au profit de pratiques mafieuses, tandis que les victimes restent des étudiants, des agents et des usagers des services publics.
Le mécanisme décrit par les enquêteurs est instructif et outrageant. Des allocations versées aux étudiants en 7e année de médecine, 240 000 FCFA tous les quatre mois, ont transité via Orange Money vers des numéros qui n’appartenaient pas aux bénéficiaires. Les numéros personnels des gestionnaires impliqués figuraient dans les fichiers de paiement. Des proches ont servi d’intermédiaires et ont confirmé avoir reçu, retiré et remis en espèces les sommes demandées. Les deux responsables arrêtés, Pape Abdourahmane Diakhaté et Alioune Sy, ont admis avoir encaissé directement des montants importants, respectivement 81 488 220 FCFA et 12 240 000 FCFA, en plus des fonds transitant par leurs complices. Le système aurait fonctionné depuis 2021 jusqu’en juillet 2026.
Je considère que l’affaire met en lumière un défaut de contrôle interne dramatique. Comment admettre que des virements automatiques puissent être modifiés ou validés sans vérification systématique des bénéficiaires par le trésor, la direction des ressources humaines et les services d’audit interne du ministère ? Comment tolérer que des responsables ayant accès à des listes officielles puissent y glisser leurs numéros personnels sans déclencher d’alerte ? Ces anomalies traduisent soit une incompétence chronique, soit une connivence organisée, et dans les deux cas la responsabilité de l’institution est engagée.
L’argument selon lequel les fonds auraient servi à des « actions sociales », à la réparation de véhicules ou à compléter les comptes d’étudiants plafonnés sonne creux lorsque les intéressés sont incapables de produire des justificatifs. J’ai peu d’appétit pour les explications paternalistes qui maquillent la concussion en oeuvre de solidarité locale. Les étudiants dont les allocations ont été détournées sont les premières victimes d’un système qui sacrifie l’intérêt public à des logiques personnelles. La réputation du ministère, déjà fragile, en sort encore plus affaiblie et chaque scandale encourage le mépris des citoyens pour les institutions.
En observant la durée et la répétition de ces pratiques, j’en déduis qu’il existe une culture du silence et une tolérance pour les détournements à haut niveau. Les procédures de contrôle doivent exister sur le papier et être effectives dans la pratique : audits réguliers, contrôle croisé des numéros et des comptes, transparence des opérations financières, sanctions claires et rapides. Sans ces garanties, la confiance dans les services publics continuera à s’effriter, tandis que les détournements se multiplieront au détriment des plus fragiles.
Je garde en mémoire que la santé publique ne se finance pas uniquement par des budgets, mais par la confiance que les citoyens accordent à l’État. Chaque euro soustrait aux malades ou aux étudiants est une atteinte à cette confiance. J’admets que la justice et les enquêteurs jouent un rôle central en procédant aux arrestations, mais je reste convaincu que le problème dépasse les individus mis en cause et renvoie à des dispositifs de contrôle défaillants et à une impunité devenue confortable pour certains cadres.
Je termine en réaffirmant ma critique : il ne suffit pas d’isoler des coupables quand la machine administrative permet que de tels réseaux prospèrent. Tant que les contrôles resteront formels et les sanctions rares, la crédibilité des services publics restera compromise et les citoyens continueront de payer le prix de cette compromission morale.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 07/09/2026
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