Dans un article publié le 31 août 2026, le journaliste Diack Sall décrit la dissolution de l’Assemblée nationale comme un scénario désormais plausible, voire inévitable. Selon lui, le divorce spectaculaire entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien allié Ousmane Sonko, devenu président du Parlement avec 132 voix sur 165, créerait les conditions d’un retour aux urnes.
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Suite de l’article : Je dois le dire d’emblée : je ne partage pas cet enthousiasme. Un parti pris négatif, certes, mais que je revendique. La dissolution me paraît être une fuite en avant, une solution de facilité qui, loin de résoudre la crise, risque de l’aggraver. Je vais m’en expliquer, avec la conviction qu’un pays sérieux ne se gouverne pas par allées et venues aux urnes.
Il faut d’abord replacer les choses dans leur cadre. En mai 2026, le chef de l’État a limogé son Premier ministre, Ousmane Sonko. Quelques jours plus tard, ce dernier a été élu à la présidence de l’Assemblée nationale. Dès lors, le Sénégal se retrouve dans une configuration inédite : un exécutif conduit par Ahmadou Al Aminou Lô, un Parlement largement dominé par le Pastef, et deux figures de l’ancien pacte Diomaye-Sonko désormais rivales. Les tensions se manifestent jusque dans le fonctionnement quotidien des institutions, notamment autour de la Déclaration de politique générale prévue le 1er septembre, que le Bureau de l’Assemblée a contestée. Un verrou juridique subsiste : le président ne pourrait, en principe, dissoudre l’Assemblée qu’à partir du 2 décembre 2026.
L’article de Diack Sall présente avec justesse les rouages de la crise. Il décrit un blocage institutionnel réel et pose la dissolution comme un outil politique légitime. C’est sur ce dernier point que je diverge. L’article, à mon sens, sous-estime les risques qu’une dissolution fait courir au pays. Il l’envisage comme un moyen de « clarifier le rapport de force » et de donner au pouvoir une majorité cohérente. Mais cet argument, je le trouve trop rapide, trop habile. Il réduit le Parlement à un instrument aux ordres de l’exécutif. Or, l’Assemblée n’est pas le bureau d’enregistrement du président ; elle est la représentation du peuple. Et c’est précisément son rôle de contrôler le gouvernement, même quand cela dérange.
Je tiens à avancer plusieurs arguments pour soutenir mon parti pris.
Premièrement, une dissolution n’est jamais neutre. Elle coûte cher, elle installe l’incertitude et elle lèse les électeurs qui ont confié un mandat de cinq ans à leurs députés. Deux ans après les élections, remettre tout en jeu, c’est admettre que le vote populaire peut être effacé par un décret présidentiel dès que le pouvoir se sent gêné.
Deuxièmement, je crains que la dissolution ne serve de paravent à l’impuissance du gouvernement. Au lieu d’assumer le dialogue parlementaire et la négociation politique, le pouvoir chercherait à faire valider une nouvelle majorité par les urnes. C’est politiquement trop facile et institutionnellement dangereux.
Troisièmement, les urnes ne rendent pas toujours le verdict que l’on espère. Le risque que le scrutin rebatte totalement les cartes et produise un résultat contraire aux attentes du pouvoir est bien réel. Rien ne garantit que le Pastef perde, ni que la coalition présidentielle gagne.
L’histoire récente nous éclaire. En septembre 2024, Diomaye Faye avait déjà dissous l’Assemblée pour « demander au peuple souverain les moyens institutionnels » de gouverner. À l’époque, la majorité parlementaire, issue des élections de 2022 et fidèle à Macky Sall, lui était hostile. La dissolution avait été présentée comme une nécessité. Aujourd’hui, le même remède est brandi contre un Parlement dominé par le propre camp du président. Cela montre, me semble-t-il, que le réflexe de la dissolution devient une habitude, et l’habitude est l’ennemie de la démocratie.
La France elle-même a illustré le danger de la manœuvre. En 2024, Emmanuel Macron a dissous l’Assemblée dans l’espoir de clarifier le rapport de forces : le scrutin a abouti à une Assemblée divisée en trois blocs, sans majorité claire, et à une instabilité durable. La dissolution, je le rappelle, est une arme à double tranchant. Celui qui la déclenche en croit les bénéfices ; il en subit souvent les dommages.
Pour résumer, je reste convaincu que la dissolution de l’Assemblée nationale n’est pas la bonne réponse à la crise actuelle. Le blocage institutionnel est réel, je le reconnais. Mais la solution ne réside pas dans un nouveau scrutin à répétition, financièrement coûteux et politiquement incertain. Elle se trouve dans le dialogue, le respect de l’opposition et la patience démocratique. Je persiste : un pays ne se gouverne pas à coups de dissolution. Et je signerai volontiers cet appel à la retenue.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 09/09/2026
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