Derrière le « serment » : Le refus d’assumer les choix économiques - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Economie | Par Maimouna | Publié le 29/09/2026 12:09:30

Derrière le « serment » : Le refus d’assumer les choix économiques

Se retrancher derrière un serment pour éluder une discussion sur les choix économiques, et plus encore sur les compromis avec le Fonds monétaire international, est un geste politique qui inquiète.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »

Suite de l’article : Le président choisit la posture du garant intouchable plutôt que celle du responsable qui explique ses décisions, et cette option fragilise la démocratie. Refuser le débat public au prétexte d’une fidélité sacrée revient à substituer le dogme au raisonnement.

Lors d’une récente intervention, il a déclaré que « la seule chose qu’il soit susceptible de trahir est le serment qu’il a prêté le 2 avril 2024 », formulation qui mérite d’être lue comme une stratégie plus que comme une confidence. En politisant le serment, le chef de l’État transforme toute critique en attaque personnelle contre la foi civique et invoque Dieu et le peuple pour fermer la porte aux questions techniques et aux compromis. Le résultat immédiat est une mise à l’écart des institutions de contrôle, des parlementaires et des experts qui devraient pouvoir jauger les effets d’une loi de finances rectificative.

Cette tactique relève d’une rhétorique populiste ancienne: sacraliser la parole du chef pour empêcher la contestation et rendre invisibles les arbitrages difficiles. Les négociations avec le FMI impliquent des choix douloureux, comme des réformes structurelles ou une maîtrise de la dépense publique, qui ne se proposent pas comme des trahisons mais comme des arbitrages politiques. En les rendant tabous, la présidence évite de rendre compte des coûts sociaux et des compensations prévues. L’opacité nourrit les rumeurs, accroît l’inquiétude des ménages et affaiblit la confiance des investisseurs.

La démocratie exige que les sacrifices éventuels soient explicités, débattus et accompagnés de mesures d’atténuation pour les plus fragiles. On peut comparer cette attitude à celle d’un dirigeant d’entreprise qui invoquerait l’honneur personnel pour refuser toute discussion avec son conseil d’administration: les décisions se prennent dans l’isolement, au risque d’erreurs lourdes. On peut aussi rapprocher la situation des épisodes européens où des accords économiques mal expliqués ont provoqué colère sociale et recul de la participation civique, comme lors de la crise grecque.

Sur le plan concret, l’usage du serment sert d’écran: il évite de préciser les clauses d’un éventuel accord, le calendrier des ajustements et les protections sociales prévues. Il escamote la contrainte politique qu’impliquent les compromis internationaux et transforme le débat public en une série d’affrontements symboliques. Le pays mérite mieux que des invocations solennelles: il a besoin de transparence budgétaire, de chiffrages précis et d’un dialogue ouvert sur les priorités économiques.

Cette façon de faire laisse entendre que la parole du chef serait au-dessus des échanges contradictoires, alors que la santé des institutions repose sur la délibération et la justification des choix. Le vernis de la sacralité ne remplacera pas la crédibilité perdue si les effets des décisions se font sentir sans explication préalable. La politique économique mérite des arguments, des chiffres et des compromis assumés, pas une rhétorique qui transforme le serment en arme de dissuasion.

Le refus de la discussion est un choix politique, et ce choix en dit long sur la manière dont le pouvoir entend gouverner: en maître des consciences plutôt qu’en responsable devant la nation. Cette impasse rhétorique menace de creuser l’écart entre les promesses et la réalité des familles, et elle affaiblit les mécanismes qui permettent à une société de traverser les périodes de contraintes sans perdre sa cohésion.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 30/09/2026

—

La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.


Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Copyright © 2023 www.notrecontinent.com

To Top