Parfois, je me demande si nos députés mesurent réellement la portée de leurs interventions. Alors que l’Assemblée nationale était réunie pour examiner une proposition de loi sur la santé en milieu carcéral, le débat s’est déplacé vers une question particulièrement sensible : la nationalité du ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Dr Ibrahima Sy.
Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Suite de l’article : Le ministre a répondu à une interpellation d’une parlementaire de Pastef en rappelant qu’il est né au Sénégal, qu’il est originaire de Podor et qu’il avait auparavant milité et contribué financièrement à Pastef. Il a également indiqué envisager des poursuites judiciaires afin que la députée apporte les preuves de ses accusations.
Et c’est là que je me pose une question toute simple : était-ce vraiment le moment et surtout le lieu pour transformer un débat parlementaire sur la santé carcérale en controverse sur la nationalité d’un ministre ?
Si des doutes sérieux existent sur la nationalité d’un responsable public, ils doivent évidemment pouvoir être examinés. Mais une accusation concernant l’appartenance nationale d’une personne n’est pas anodine. Elle touche à l’identité, aux droits civiques et, selon les fonctions concernées, aux conditions légales d’exercice d’une responsabilité publique.
Dans ce cas précis, le ministre affirme être sénégalais et demande que les accusations soient étayées. La question devrait donc pouvoir être traitée sur la base de documents, de textes de loi et des procédures compétentes, plutôt que dans une confrontation verbale au milieu d’une séance parlementaire.
Car franchement, si nos députés commencent à utiliser l’hémicycle pour régler les conséquences de leurs anciennes relations politiques, où va-t-on ?
Ibrahima Sy rappelle avoir été militant et financier de Pastef. Aujourd’hui, il reconnaît que les chemins politiques ont changé. Ce contexte est important, car le Sénégal traverse depuis plusieurs mois une période de fortes tensions entre anciens alliés politiques. Les relations entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko se sont notamment fortement dégradées après le départ de ce dernier de la Primature.
Mais la comparaison avec d’autres pays montre surtout les dangers d’une politisation excessive de la nationalité. En Côte d’Ivoire, la question de la double nationalité a joué un rôle majeur dans les débats autour de la candidature de Tidjane Thiam à la présidentielle de 2025. Il avait dû renoncer à sa nationalité française, la Constitution ivoirienne imposant alors des conditions particulières aux candidats à la présidence.
La différence est essentielle : lorsqu’une nationalité pose une question juridique, ce sont les règles et les institutions qui doivent permettre de la trancher.
Au Sénégal aussi, nous gagnerions à suivre cette logique. Les députés ont une responsabilité particulière : ils représentent la Nation et disposent d’une tribune qui doit servir à examiner les lois, contrôler l’action publique et défendre les intérêts des citoyens.
Alors oui, on peut interroger un ministre. Oui, on peut demander des explications. Oui, on peut contester son parcours politique.
Mais lorsqu’une accusation aussi grave que celle portant sur sa nationalité est formulée, la meilleure réponse n’est ni l’invective ni la surenchère. C’est la preuve.
Et c’est peut-être cela, finalement, que les Sénégalais attendent de leur Assemblée : moins de règlements de comptes, plus de débats sur le fond et surtout des réponses précises aux problèmes qui concernent directement leur quotidien.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 02/10/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.





