Le chroniqueur ne se gêne pas pour dire que l’opération « Terrou JOJ » ressemble davantage à un coup de théâtre qu’à une véritable politique publique: un grand coup de balai à la marée haute de la communication, lancé à quelques semaines d’une échéance pour laquelle les problèmes de salubrité réclament des années de travail.
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Suite de l’article : Rire jaune, applaudissements polis, photo de groupe devant la place de l’Indépendance et promesse que tout sera propre pour l’arrivée des délégations; la scène est prête, mais la pièce manque d’acteurs durables.
La mise en place de mille agents et l’appel à la participation via « SETAL MA » sont des signes visibles d’une mobilisation d’urgence. La nomination d’un nouveau directeur en début octobre donne l’impression d’un remaniement effectué sous pression du calendrier. Ces éléments expliquent l’effort mais n’excusent pas l’amateurisme stratégique: on nettoie les trottoirs, on vide quelques points noirs, on installe des bennes supplémentaires, et l’on espère que l’image de Dakar se redressera comme par miracle. Le problème, c’est que la salubrité urbaine n’est pas un décor qu’on repeint avant une visite officielle.
Quand on gratte la surface, apparaissent les causes profondes: insuffisance de centres de tri, irrégularité des tournées, manque d’entretien des dépôts contrôlés, économie informelle des déchets qui échappe au circuit réglementé. Réparer ces défaillances exige des investissements lourds, une gouvernance stable, des contrats clairs avec les opérateurs privés et une politique d’éducation citoyenne sur le long terme. Tout cela ne se bâtit pas en quinze jours ou en quinze nuits de ramassage intensif.
L’effet cosmétique a ses limites et ses dangers. D’abord, il installe une logique du « nettoyage spectacle », où l’effort se concentre autour des lieux médiatiques tandis que les quartiers périphériques continuent de suffoquer sous les immondices. Ensuite, il fragilise la confiance: quand la population voit des actions temporaires mais peu suivies d’effets durables, elle finit par considérer que la salubrité relève d’un show et non d’un service public. La participation citoyenne via une application ressemble alors à confier un seau à une personne qui a soif, sans lui donner accès à l’eau du robinet.
Si l’on veut une image plus parlante, c’est comme poser un pansement sur une jambe fracturée: le pansement est propre, la jambe reste cassée. C’est aussi comparable à repeindre une façade lézardée pour masquer des fondations qui s’effritent; le vernis tient le temps d’une photo, ensuite les fissures réapparaissent.
Les chiffres évoqués par l’opération permettent de mesurer l’effort ponctuel, mais pas la trajectoire. Mille agents mobilisés représentent une ressource, encore faut-il que cette ressource soit intégrée dans un plan à moyen terme comprenant maintenance, suivi, financement pérenne et régulation des filières informelles. Sans cela, les bennes vides seront remplies à nouveau, et l’on reviendra au point de départ après le départ des athlètes.
Le chroniqueur ne s’oppose pas à l’idée de rendre la ville accueillante pour un événement international; il reproche que l’effort choisi soit surtout cosmétique. La vraie question reste la capacité à transformer l’essai: engager des financements sur plusieurs années, moderniser les infrastructures, responsabiliser les acteurs et impliquer sincèrement les citoyens. Tant que ces chantiers ne deviendront pas prioritaires, Dakar risque de se contenter d’une belle vitrine éphémère alors que la maison reste mal entretenue.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Daouda K.
Mis en ligne : 20/10/2026
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