Peine de mort : Le Burkina fait marche arrière - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Maimouna | Publié le 25/10/2026 05:10:00

Peine de mort : Le Burkina fait marche arrière

Le Parlement burkinabè a voté à l’unanimité le rétablissement de la peine de mort, a annoncé mardi le ministère de la Justice.

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Suite de l’article : Le nouveau Code pénal réintroduit la peine capitale au Burkina Faso et inscrit des infractions telles que le terrorisme, l’espionnage, la trahison, le parricide et l’importation de produits périmés entraînant la mort. La décision intervient sous la junte militaire au pouvoir depuis le coup d’État de 2022 dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré.

Le ministère a expliqué que cette réforme « vise à renforcer l’ordre public, à consolider les valeurs fondamentales de la nation et à garantir la sécurité des personnes et des biens ». Le chef de la junte avait annoncé l’année précédente son intention de restaurer la peine capitale, en invoquant la détérioration de la sécurité nationale.

Le pays est confronté depuis plus de dix ans à des violences jihadistes liées à des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, qui ont causé des milliers de morts et de déplacés internes.

La réintroduction marque un retour en arrière par rapport à l’abolition votée en 2018 et contraste avec la dernière exécution officielle recensée en 1988, selon Amnesty International. Le spectre de ces dates éclaire le choix législatif: un régime militaire remplace une législation postérieure à l’ancienne pratique des peines capitales.

L’analyse des éléments juridiques montre une extension du périmètre pénal. La liste des crimes passibles de la peine de mort inclut des infractions classiques liées à la sûreté de l’État mais aussi des délits économiques et sanitaires dont l’appréciation judiciaire peut rester large, comme l’importation de produits périmés ou interdits entraînant la mort. Une telle formulation ouvre la voie à des poursuites sur des bases variées, ce qui renforce l’arsenal répressif de l’État.

Les décisions prises par des gouvernements militaires tendent à se justifier par des impératifs de sécurité; dans ce cas précis, l’exécutif associe la peine capitale à la lutte contre le terrorisme et à la protection des populations. En pratique, les régimes non démocratiques disposent souvent de marges d’action étendues en matière judiciaire, avec peu de garanties d’indépendance pour les magistrats et des procédures rendues publiques de manière limitée. Ces constats sont documentés dans des rapports antérieurs consacrés aux transitions militaires dans la région sahélienne.

Les organisations de défense des droits humains ont alerté sur les risques d’abus et sur l’absence d’évaluations probantes montrant que la peine de mort réduit la violence armée. Amnesty International avait demandé aux autorités de renoncer à cette mesure, estimant qu’elle violerait des normes internationales en matière de droits. La dernière exécution effective en 1988 souligne l’aspect symbolique de la réintroduction: il s’agit moins d’un instrument appliqué immédiatement qu’un levier politique susceptible d’être activé selon les besoins du pouvoir.

Sur le plan institutionnel, la décision intervient après une consolidation progressive du contrôle militaire sur les organes de l’État depuis 2022. L’adoption à l’unanimité par le Parlement soulève des questions sur le fonctionnement de ce dernier dans le contexte de transition militaire et sur la pluralité du débat public autour d’un sujet sensible.

Les éléments chiffrés et législatifs disponibles montrent que la mesure modifie durablement le cadre pénal et élargit les prérogatives punitives de l’État. Les réactions internationales et celles des ONG mettent en évidence des inquiétudes sur la protection des droits et sur la capacité des institutions judiciaires à garantir des procès équitables. La réintroduction de la peine capitale au Burkina Faso se situe à l’intersection d’enjeux sécuritaires réels et d’un processus politique où la centralisation du pouvoir peut instrumentaliser des mesures répressives pour asseoir sa légitimité, selon les constats rapportés par des observateurs et par des organisations de défense des droits.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Jérôme G.
Mis en ligne : 25/10/2026

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