Russie-Afrique : Poutine avance ses pions sur le continent - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - International | Par Eva | Publié le 01/11/2026 05:11:00

Russie-Afrique : Poutine avance ses pions sur le continent

Le président Vladimir Poutine accueille depuis mercredi à Moscou le troisième sommet Russie-Afrique, réunissant les délégations de 48 pays africains, dont 22 dirigées par leurs chefs d’État, pour des rencontres organisées mercredi et jeudi.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »

Suite de l’article : Le Kremlin présente la Russie comme un « allié naturel » du continent et annonce la signature de 33 accords et une déclaration finale sur la coopération russo‑africaine.

Le sommet intervient après une montée des échanges depuis l’époque soviétique et une intensification des relations russes avec l’Afrique après l’offensive russe en Ukraine en février 2022, qui a entraîné des sanctions occidentales et poussé Moscou à rechercher des partenaires hors de l’orbite occidentale.

Sur le plan économique, la Russie affirme avoir exporté 13 millions de tonnes de produits agricoles vers l’Afrique depuis le début de l’année et fournit des engrais et des céréales à plus de 40 États africains. Moscou propose aussi de « localiser » en Afrique la production de médicaments et de vaccins et se vante d’une hausse de 1,5 fois du nombre d’étudiants africains en Russie depuis 2020. Diplomatiquement, la Russie dispose aujourd’hui de 48 ambassades sur le continent et prévoit d’en ouvrir une 49e au Libéria. Le président Poutine doit tenir une vingtaine de rencontres bilatérales, dont des entretiens avec les dirigeants du Mali et de la République démocratique du Congo.

Ces éléments factuels dessinent un renforcement multidimensionnel: diplomatique, commercial, éducatif et militaire. Sur le plan militaire, des groupes paramilitaires russes, désignés comme Africa Corps, sont impliqués dans l’appui aux autorités maliennes contre des groupes armés. Les crises régionales restent présentes à l’agenda: la RDC et le Rwanda se retrouvent en face à face diplomatique alors que l’est congolais connaît depuis fin 2021 la résurgence du M23 et que un accord de paix signé en décembre sous l’égide américaine n’a pas mis fin aux affrontements.

Des scandales viennent ternir cette stratégie d’influence. Plusieurs pays africains ont signalé des ressortissants enrôlés pour combattre sur le front ukrainien, et des gouvernements comme le Nigeria, le Kenya et l’Afrique du Sud ont exprimé leur inquiétude. L’ONG Amnesty International a adressé une lettre aux participants du sommet en demandant aux chefs d’État africains de « réclamer la fin de la traite visant à intégrer des Africains à l’armée russe ». Le contexte des exportations alimentaires est lui aussi problématique: les attaques en mer Noire perturbent les routes maritimes et placent certains pays africains dans une relation de dépendance commerciale à court terme.

En confrontant la rhétorique anti‑néocoloniale proclamée à Moscou avec ces pratiques, on observe plusieurs mécanismes concrets d’influence: signature massive d’accords économiques susceptibles d’ouvrir l’accès aux ressources naturelles, extension de la présence diplomatique pour sécuriser des intérêts géopolitiques, recours à des forces privées pour asseoir des régimes alliés. La présence russe peut rappeler l’influence soviétique d’hier, tout en se présentant comme alternative au lien historique avec la France pour certains pays du Sahel.

Les chiffres et les rencontres programmées au sommet montrent une stratégie coordonnée pour consolider des leviers d’influence. Les États africains présents doivent mesurer les obligations contractuelles, les contreparties militaires et les risques politiques qui accompagnent ces partenariats. La juxtaposition d’une rhétorique anti‑coloniale et d’une expansion d’implantations économiques et militaires pose des questions factuelles sur l’impact réel de ces relations sur la souveraineté économique et politique des pays africains.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Fallou F.
Mis en ligne : 01/11/2026

—

La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.


Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Copyright © 2023 www.notrecontinent.com

To Top