Des kilomètres pour séduire : Il est temps de freiner ! - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Maimouna | Publié le 08/08/2025 07:08:15

Des kilomètres pour séduire : Il est temps de freiner !

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Le mardi 22 juillet 2025, le ministre Yankoba Diémé a présidé une réunion stratégique de la SENTER, la Société d’exploitation du Train Express Régional. Au menu : extension du TER vers Thiès et Mbour, refonte du modèle économique et préparation des Jeux Olympiques de la Jeunesse Dakar 2026. Si ces annonces semblent ambitieuses sur le papier, elles masquent mal une fuite en avant budgétaire et un manque de vision réaliste face aux véritables problèmes de mobilité du Sénégal. Cette politique ferroviaire, dans sa forme actuelle, est une impasse.

Le TER a été lancé comme symbole de modernité, censé désengorger la capitale et stimuler l’économie. Mais depuis son inauguration, il traîne de lourds handicaps : un coût d’exploitation élevé, une rentabilité toujours hypothétique, et des retards chroniques. La réunion du 22 juillet confirme un constat inquiétant : pour tenir à flot ce projet, il faut sans cesse « réaménager » les budgets, « optimiser » un modèle économique bancal, et « diversifier » des revenus qui n’existent pas encore. Loin d’une vision maîtrisée, on assiste à une fuite en avant financière maquillée en stratégie.

L’extension du TER vers Thiès et Mbour peut séduire à première vue. Mais ne nous laissons pas tromper par l’apparence. Cette initiative, présentée comme une avancée majeure pour la mobilité, ne résoudra en rien la congestion routière ni les difficultés de transport que vivent chaque jour les habitants de la région de Dakar. Pourquoi ? Parce que l’essentiel des flux de déplacement domicile-travail reste concentré dans la zone urbaine de Dakar et sa périphérie immédiate.

Lancer une extension du TER sur 70 à 80 kilomètres alors que les embouteillages monstres entre Rufisque, Pikine et le Plateau persistent, c’est construire un toit pendant que les fondations du bâtiment s’effondrent. Le problème n’est pas de relier des villes lointaines, mais de fluidifier les trajets quotidiens des milliers de travailleurs qui passent des heures dans les bouchons chaque jour. En réalité, l’extension du TER vers Thiès et Mbour relève plus d’un effet d’annonce que d’une réponse concrète aux urgences de terrain.

De plus, les fameuses « études techniques préliminaires » évoquées sont souvent superficielles et biaisées. Le potentiel économique est systématiquement surestimé pour justifier l’investissement, sans prise en compte des réalités sociales : prix des billets, accès physique aux gares, intégration aux autres modes de transport. Où sont les routes d’accès, les parkings relais, les navettes urbaines ? Rien n’est dit. C’est une stratégie de vitrine, pas de terrain.

À l’approche des Jeux Olympiques de la Jeunesse, l’État multiplie les dépenses : nouvelles rames, promesses de fluidité, grand nettoyage de façade. Pourtant, une question centrale demeure : que restera-t-il après Dakar 2026 ? À quoi sert-il de renforcer la flotte si les rails actuels ne peuvent déjà pas supporter un service intensif ? Faut-il rappeler que même la phase 2 du TER, censée désengorger les banlieues proches, n’est toujours pas achevée ?

Créer une université ferroviaire est une belle idée, mais elle risque de devenir une coquille vide si le modèle économique reste déficient. Avant de penser formation, pensons fonctionnement.

Des pays comme le Maroc ont investi dans des trains à grande vitesse après avoir structuré des réseaux routiers et de transport urbain efficaces. L’Éthiopie, malgré ses ambitions ferroviaires, a dû ralentir ses extensions pour recentrer les dépenses sur les infrastructures de base. Le Sénégal ferait bien de méditer ces leçons.

La mobilité des Sénégalais ne peut reposer sur un projet pharaonique pensé pour les grandes occasions. Elle exige des bus fiables, des routes entretenues, des transports interconnectés. Étendre le TER vers Thiès et Mbour sans revoir en profondeur notre politique globale de transport, c’est avancer à grande vitesse vers une impasse.

Il faut freiner cette course à l’effet d’annonce et de recentrer les priorités sur les besoins quotidiens des citoyens.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Sidy Ndour.
Mis en ligne : 08/08/2025

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