Une administration en panne : Diomaye Faye face au passé - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Eva | Publié le 25/09/2025 03:09:30

Une administration en panne : Diomaye Faye face au passé

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Le dernier conseil des ministres présidé par le président Diomaye Faye a révélé une pratique aussi surprenante qu’inquiétante : la nomination de remplaçants pour des agents ayant quitté leurs postes depuis quatre, voire cinq ans. Comment expliquer que des fonctionnaires, déjà remplacés depuis longtemps, soient officiellement « remplacés » à nouveau en 2025 ?

Cette situation, révélée par des médias locaux, interroge sur la rigueur de l’administration sénégalaise et rappelle de bien tristes souvenirs de l’ère Macky Sall, où les « agents fantômes » semblaient être une coutume bien ancrée. Si le nouveau pouvoir se targue de rupture et de transparence, ces nominations fantaisistes laissent planer un doute sur sa capacité à rompre avec les travers du passé.

Depuis son arrivée au pouvoir en avril 2024, Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko ont fait de la lutte contre la corruption et la mauvaise gestion un cheval de bataille. Pourtant, les récentes nominations montrent que l’administration publique peine à se débarrasser de ses vieilles habitudes. Le communiqué officiel du conseil des ministres du 17 septembre 2025 mentionne ainsi le remplacement de Madame Fatimata Ba Diallo, partie depuis 2021, et de Youssou Faye, absent de son poste depuis 2020. Comment une telle confusion peut-elle persister, alors que le gouvernement actuel dénonce régulièrement les « manquements » et les « anomalies » hérités de l’ère Macky Sall ?

Ces nominations tardives soulèvent plusieurs questions. D’abord, quel ministère est responsable de cette gabegie ? Est-ce un problème de communication entre les services, ou pire, une volonté de maintenir des noms sur les listes pour des raisons obscures ? Ensuite, comment expliquer le retard dans la publication du communiqué du conseil des ministres, rendu public à 23h, bien après l’heure habituelle ? Ce retard, inhabituel, pourrait-il cacher une tentative de dissimuler ces irrégularités ?

Il est difficile de ne pas faire le parallèle avec les pratiques de l’administration précédente. Sous Macky Sall, la Cour des comptes a révélé des « anomalies » majeures dans la gestion des finances publiques, allant jusqu’à évoquer des « agents fantômes » et des contrats fictifs. Le Premier ministre Sonko lui-même a dénoncé à plusieurs reprises le « passif » laissé par l’ancien régime, promettant de travailler « 24h sur 24 » pour redresser la situation. Pourtant, force est de constater que les mêmes erreurs se répètent.

Le gouvernement actuel a été élu sur la promesse d’un « changement systémique ». Pourtant, ces nominations fantômes montrent que les vieilles habitudes ont la vie dure. Comment croire en une rupture quand l’administration semble incapable de tenir à jour ses propres listes de personnel ? Comment faire confiance à un État qui, malgré ses discours, peine à appliquer les principes les plus élémentaires de rigueur et de transparence ?

De plus, ces erreurs interviennent dans un contexte où le Sénégal est déjà sous le feu des projecteurs pour la gestion de sa dette publique, dont les chiffres ont été falsifiés entre 2019 et 2024. Le FMI a même suspendu son aide en attendant des clarifications, et plusieurs anciens ministres de Macky Sall sont aujourd’hui poursuivis pour malversations. Dans ce climat de défiance, chaque erreur administrative prend une dimension symbolique et renforce l’idée que le changement promis n’est pas encore une réalité.

Le phénomène des « agents fantômes » n’est pas nouveau au Sénégal. Sous Macky Sall, il était courant que des fonctionnaires continuent à percevoir un salaire pour des postes qu’ils n’occupaient plus. Cette pratique, dénoncée par la Cour des comptes, a contribué à alourdir la dette publique et à saper la confiance des Sénégalais dans leurs institutions. Aujourd’hui, en répétant les mêmes erreurs, le gouvernement Faye risque de perdre la crédibilité qu’il a tant cherché à construire.

Les nominations fantômes du 17 septembre 2025 envoient un signal inquiétant : malgré les promesses de rupture, l’administration sénégalaise reste prisonnière de ses dysfonctionnements. Si le président Diomaye Faye et son Premier ministre veulent vraiment tourner la page de l’ère Macky Sall, ils devront faire preuve de bien plus de rigueur. Sinon, les Sénégalais pourraient rapidement douter de leur capacité à incarner le changement qu’ils ont promis.

La question reste entière : ces erreurs sont-elles le fruit de la négligence, ou le signe que les vieilles pratiques ont encore de beaux jours devant elles ?

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Doudou Faye.
Mis en ligne : 25/09/2025

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