Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Le ministre de la Culture, Amadou Ba, a récemment réagi avec une fermeté et un mépris affiché aux accusations portées par le journaliste Madiambal Diagne, en fuite et visé par un mandat d’arrêt international pour corruption et blanchiment de capitaux. Qualifiant ses propos d’« hérésie grossière » et de « poudre de perlimpinpin », le ministre a cherché à discréditer Diagne et à minimiser l’impact de ses allégations. Pourtant, en répondant avec une telle virulence, il commet une erreur classique : il offre à son adversaire une tribune et une légitimité qu’il ne méritait peut-être pas. Plutôt que d’ignorer ou de désamorcer les accusations, il les place au cœur du débat public, amplifiant ainsi leur portée.
Madiambal Diagne, patron de presse et figure controversée du paysage médiatique sénégalais, est accusé par les autorités de transactions financières suspectes, avec des flux estimés à 21 milliards de francs CFA. Il a quitté le Sénégal malgré une interdiction de sortie du territoire et se trouve actuellement en France, où il affirme vouloir préparer sa défense avant de se présenter à la justice sénégalaise.
Ses déclarations, selon lesquelles il détiendrait des preuves compromettantes contre des autorités, ont suscité une réaction immédiate et ciblée du ministre Amadou Ba. Celui-ci a rejeté en bloc les accusations, affirmant que le gouvernement ne se laisserait pas intimider par des « menaces » et des « chantages ».
La stratégie d’Amadou Ba est risquée. En qualifiant les propos de Diagne d’« hérésie grossière », il attire l’attention sur des accusations qui, sans cette réaction, auraient pu passer inaperçues ou être rapidement oubliées. Le ton employé, entre mépris et indignation, trahit une nervosité qui interroge : pourquoi une telle émotion si les accusations sont vraiment dérisoires ?
En s’emportant, le ministre commet ce que l’on appelle l’« effet Streisand » : plus on cherche à étouffer une information, plus on lui donne de la visibilité. Diagne, en fuite et sous le coup d’un mandat d’arrêt, aurait pu être marginalisé par un silence ou une réponse sobre et factuelle. Mais en le désignant comme une menace, Amadou Ba en fait un symbole de résistance, susceptible de susciter la sympathie d’une partie de l’opinion publique, notamment parmi ceux qui voient dans cette affaire une instrumentalisation politique de la justice.
Le choix des mots (« piège puérile et bête ») révèle une réaction émotionnelle plutôt que stratégique. Un ministre expérimenté sait que la meilleure réponse à des provocations est souvent le calme ou l’ignorance. Ici, la fermeté affichée donne l’impression d’un pouvoir sur la défensive, craignant que les allégations ne trouvent un écho. Cette attitude contraste avec l’image d’un gouvernement serein, concentré sur les « solutions concrètes » pour les citoyens, comme le ministre le prétend.
En présentant Diagne comme un danger, le ministre renforce paradoxalement son statut de victime. Le journaliste, déjà connu pour ses prises de position critiques, peut désormais se poser en lanceur d’alerte persécuté, ce qui ne manquera pas d’alimenter les débats sur la liberté de la presse et l’indépendance de la justice au Sénégal. Les arrestations récentes de journalistes ayant interviewé Diagne ne font qu’accentuer cette perception.
Si les accusations sont infondées, une réponse minimaliste ou une enquête transparente auraient été plus efficaces. En choisissant l’affrontement, Amadou Ba donne à Diagne une importance qu’il ne mérite peut-être pas, et alimente une polémique qui détourne l’attention des vrais enjeux : la lutte contre la corruption et la transparence des institutions.
Cette situation rappelle d’autres affaires où des dirigeants, en surréagissant à des critiques, ont fini par amplifier leur portée. En France, l’affaire Benalla a montré comment une communication maladroite peut transformer une polémique mineure en crise politique. Au Brésil, les attaques répétées de Jair Bolsonaro contre la presse ont souvent eu pour effet de renforcer l’audience des médias critiques.
Il faut que le gouvernement sénégalais comprenne que la meilleure réponse aux provocations n’est pas la surréaction, mais la transparence et le calme. Plutôt que de s’emporter, il devrait laisser la justice faire son travail, sans commentaire superflu. Les citoyens attendent des actes, pas des polémiques stériles.
En donnant trop d’importance aux menaces de Madiambal Diagne, Amadou Ba commet une erreur de communication majeure. Il offre à son adversaire une visibilité inutile et alimente un débat qui détourne l’attention des priorités du pays. Pour regagner la confiance des Sénégalais, le gouvernement doit cesser de s’énerver et se concentrer sur l’essentiel : rendre des comptes et agir pour le bien commun. La crédibilité d’un pouvoir se mesure à sa capacité à rester serein face aux critiques, pas à sa propension à s’emporter.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Khadim S.
Mis en ligne : 11/11/2025
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.





