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Une vidéo virale montre une scène insoutenable : une mère, surnommée « Maman », brutalisée et jetée hors de la maison de son ex-mari à Rufisque, sous les coups de ce dernier, de ses sœurs et de ses neveux. L’affaire, révélée par L’Observateur, soulève une question glaçante : comment en arrive-t-on à une telle cruauté après des années de mariage et six enfants ? Derrière ce drame se cache un double échec : celui d’une famille qui se transforme en bourreau, et celui d’une justice trop lente à protéger les victimes. On doit dénoncer non seulement la trahison de l’ex-mari et de sa famille, mais aussi la complicité d’un système judiciaire qui, par son inertie, laisse prospérer l’impunité.
Maman et son ex-mari se disputent la garde de leurs six enfants. La justice a ordonné que leur fils de quatre ans vive avec son père, une décision que la mère conteste, affirmant ne pas avoir été consultée. Plutôt que d’attendre l’audience prévue le 4 novembre pour régler ce différend, l’ex-mari a choisi la violence : il est venu enlever l’enfant sans avertir, puis a agressé sa mère devant leurs filles, avec la complicité active de sa famille. L’arrestation de l’agresseur, intervenue seulement après la diffusion de la vidéo, interroge : sans preuve filmée, cette femme aurait-elle obtenu justice ? Ce cas n’est malheureusement pas isolé.
Au Sénégal, comme dans de nombreux pays, les conflits de garde dégénèrent souvent en violences, surtout quand les femmes, déjà vulnérables, se heurtent à un système judiciaire peu réactif. Moins de 20 % des victimes de violences conjugales au Sénégal obtiennent une protection effective de la part des autorités. Pire, elles sont parfois contraintes de se soumettre à des décisions contestées, sous peine de représailles.
Après des années de vie commune, comment un père peut-il en arriver à faire tabasser la mère de ses enfants, avec l’aide de ses propres sœurs et neveux ? Cette violence collective révèle une rupture totale des liens familiaux, remplacés par une logique de domination et d’humiliation. Les sœurs et neveux de l’ex-mari ne sont pas restés passifs : ils ont participé à l’agression, transformant un conflit personnel en une chasse aux sorcières. Où sont passées les valeurs de solidarité et de respect qui devraient unir une famille ? À la place, on assiste à une trahison organisée, où chacun semble avoir oublié que les enfants, témoins de cette scène, en paieront le prix psychologique pendant des années.
L’ex-mari n’a pas attendu la justice pour imposer sa loi. Il a enlevé l’enfant sans prévenir, puis a utilisé la force pour écarter la mère. Ce comportement n’est pas celui d’un père soucieux du bien-être de son fils, mais d’un homme déterminé à écraser son ex-épouse, quitte à traumatiser ses enfants. La police, saisie par la victime, lui a demandé de se plier à la décision de justice… sans garantir sa sécurité. Résultat : elle a été battue, projetée contre un mur, et expulsée du domicile. Comment expliquer qu’une institution censée protéger les citoyens puisse exposer une mère à de tels risques ?
L’arrestation de l’ex-mari n’a eu lieu qu’après la diffusion de la vidéo, sous la pression de l’opinion publique. Combien de femmes, sans preuve filmée, subissent le même sort dans l’indifférence générale ? La justice sénégalaise, souvent critiquée pour sa lenteur, semble ici complice par son inaction. Pire, elle a validé une décision de garde sans écouter la mère, puis a laissé cette dernière sans protection face à un homme violent. Dans des affaires similaires, comme celle de Coumba Diouf, battue à mort par son mari en 2021 malgré ses plaintes répétées, les mêmes schémas se répètent : des signalements ignorés, des agresseurs libres de nuire, et des victimes livrées à elles-mêmes.
La participation des sœurs et neveux de l’ex-mari pose une question fondamentale : jusqu’où peut aller la loyauté familiale ? Dans ce cas, elle a servi à justifier l’injustifiable. Au lieu de jouer un rôle de médiation, la belle-famille a choisi de légitimer la violence. Ce phénomène n’est pas rare. En Inde, par exemple, les belles-familles sont souvent pointées du doigt dans les cas de violences conjugales, où les femmes sont harcelées, voire tuées, pour des questions de dot ou de divorce. Au Sénégal, les dynamiques sont similaires : la famille élargie, plutôt que de protéger les plus vulnérables, se range souvent du côté du plus fort.
La police a demandé à la victime de confier son enfant à son agresseur, sans évaluer les risques. Une décision incompréhensible, qui montre un mépris pour la sécurité des femmes. Comment une mère peut-elle se voir retirer un enfant sans avoir été entendue ? La justice doit urgemment revoir ses procédures pour garantir l’équité et la transparence. Sans la vidéo, l’ex-mari serait probablement resté libre. Cela en dit long sur le poids des preuves dans un système où la parole des victimes compte peu. Les filles de la victime, présentes lors de l’agression, n’ont pas réagi. Un silence qui en dit long sur l’emprise psychologique exercée par la famille paternelle. Les enfants ne devraient jamais être les otages des conflits d’adultes.
Cette affaire est le symbole d’un double échec : celui d’une famille qui a choisi la haine plutôt que la médiation, et celui d’une justice qui, par sa lenteur et son manque d’empathie, laisse les victimes sans défense. Il est urgent de réformer les procédures judiciaires pour accélérer les protections, former les policiers à la gestion des violences familiales, et sanctionner sévèrement les agresseurs, qu’ils soient pères ou membres de la famille. Mais au-delà des lois, c’est toute la société qui doit se remettre en question. Une famille qui se transforme en bourreau a déjà perdu son âme.
Une justice qui ferme les yeux sur de telles violences perd sa légitimité. Il faut briser ce cycle : les femmes et les enfants du Sénégal méritent mieux que des promesses. Ils méritent des actes. Les autorités doivent agir sans attendre. Cela passe par des cellules d’urgence pour les victimes, des sanctions immédiates pour les agresseurs, et une campagne nationale pour sensibiliser les familles aux conséquences de leurs actes. Car une société qui tolère de telles violences n’est pas une société digne de ce nom.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Mounass N.
Mis en ligne : 11/11/2025
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