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La montée d’Ibrahim Mahama à la première place de la Power List est une victoire qui dépasse l’individu : elle célèbre la reconnaissance mondiale d’un art africain qui refuse d’être réduit à l’exotisme ou à la curiosité. L’événement confirme une tendance de fond et incite à penser autrement la place des créateurs africains dans les circulations culturelles. L’opinion ici est claire : cette consécration ouvre une voie durable pour la valorisation des récits locaux et des pratiques collectives.
Depuis plusieurs années, l’art africain gagne en visibilité sur les grandes scènes internationales, mais les reconnaissances institutionnelles restaient souvent partielles. L’ascension d’un artiste ghanéen au sommet d’un classement influent rompt avec ce schéma. Le travail de Mahama — installations de sacs de jute, réemploi d’objets coloniaux, chantiers collectifs — ne se contente pas d’exposer ; il raconte des histoires de commerce, de mémoire et de travail. L’enjeu dépasse l’esthétique : il touche à la restitution des voix et à la redistribution des ressources culturelles.
Le geste de Mahama combine esthétique brute et économie sociale, ce qui explique la portée de sa reconnaissance. Ses œuvres transforment des matériaux banals en archives visuelles ; le marquage « Product of Ghana » sur des pans entiers de jute fait office de slogan et de preuve matérielle. Le procédé implique des couturiers, des artisans et des communautés locales, si bien que la fabrication elle-même devient un champ d’action civique. Comparé à un conservateur qui classe, Mahama archive par l’assemblage ; comparé à un entrepreneur social, il crée des espaces culturels qui accueillent, enseignent et rémunèrent. Cette hybridité donne à son travail une force politique et culturelle difficile à ignorer.
La première raison pour laquelle cette première place est salutaire tient à la durabilité qu’elle promet : la reconnaissance internationale attire financements, partenariats et visibilité, ressources indispensables pour pérenniser des structures locales. La seconde raison vient du modèle de production : en mobilisant des savoir-faire locaux, l’artiste renforce des filières plutôt que de les vampiriser. La troisième raison touche au récit : valoriser des récits locaux permet de corriger des récits historiques souvent unilatéraux et de redonner agency aux communautés concernées. Concrètement, l’ouverture de centres artistiques autour de Tamale illustre comment l’art peut irriguer l’éducation, l’emploi et la réhabilitation d’infrastructures.
La présence d’un Africain en tête d’un palmarès occidental est un signal politique et symbolique. Elle invite les institutions à repenser leurs critères de légitimité et à investir dans des collaborations sur le long terme. La valorisation durable ne naîtra pas d’un simple éclat médiatique ; elle exige que musées, marchés et programmes de résidences s’engagent à soutenir la création in situ, à redistribuer les revenus et à documenter les pratiques dans leurs langues d’origine. L’exemple de Mahama montre que l’exportation d’œuvres peut coexister avec la construction d’écosystèmes locaux complémentaires.
Des projets comme le Savannah Centre for Contemporary Art ou le Red Clay Studio témoignent d’effets concrets : formation d’artistes, résidences internationales, transformation d’anciens silos et wagons en ateliers. Les chiffres de participation aux ateliers et le nombre d’artisans mobilisés sur des chantiers récents indiquent une économie culturelle en gestation, pas une simple célébration ponctuelle. Le fait que les revenus servent à des initiatives locales renforce l’idée d’une économie circulaire culturelle.
La consécration d’Ibrahim Mahama doit être lue comme un signal d’espoir plutôt que comme une victoire isolée : elle montre que la scène artistique mondiale peut reconnaître des modèles hybrides, ancrés et collectifs. Si les institutions saisissent cette occasion pour accompagner durablement les créateurs et pour transformer les circuits de financement et d’exposition, la première place de Mahama aura servi quelque chose de concret — une réévaluation des récits, une redistribution des ressources et, finalement, une plus grande dignité pour les arts et les communautés qui les portent.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Jean Faye.
Mis en ligne : 17/01/2026
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