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Seif al-Islam Kadhafi, fils de l’ancien dirigeant libyen, a été tué le 3 février dans sa résidence de Zenten, dans l’ouest de la Libye, lors d’un assaut mené par un commando armé. Il était recherché par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité et avait été condamné à mort avant de bénéficier d’une amnistie. L’annonce de sa mort a été faite par son conseiller et confirmée par son avocat, qui a précisé l’heure et le lieu de l’exécution.
Je veux croire que cet événement tragique peut, paradoxalement, ouvrir une fenêtre d’opportunité pour la Libye. La disparition d’une figure clivante retire un élément d’ombre du jeu politique et peut inciter les protagonistes à remettre l’avenir sur la table plutôt que de rester prisonniers des rancœurs du passé. J’éprouve l’espoir que les autorités et la société civile saisissent ce moment pour déclencher un vrai dialogue et engager les réformes que le pays attend depuis dix ans.
La Libye reste divisée entre un gouvernement d’unité nationale à Tripoli et un pouvoir rival à Benghazi, soutenu par des forces militaires régionales, et la violence continue de miner les rares processus de réconciliation.
Je commence par poser un constat simple: la mort d’une personnalité ne résout rien d’automatique, mais elle modifie l’équilibre politique. Sans la présence de Seif al-Islam, certains verrous psychologiques et électoraux sont levés. Cela peut faciliter la recomposition des alliances et donner aux acteurs raisonnables un espace pour proposer des compromis. Le pays connaît une usure profonde des institutions; l’urgence est de transformer ce vide en construction politique plutôt qu’en nouvelle spirale de vengeance.
Ensuite, j’examine les leviers concrets qui peuvent être activés maintenant. Le premier levier est la légitimité de l’État: renforcer la justice indépendante et protéger l’État de droit permettrait d’empêcher que des assassinats politiques deviennent des instruments de pouvoir. Le deuxième levier est la représentation: renouveler les mécanismes électoraux et garantir des élections sûres et inclusives donnerait aux Libyens la possibilité de faire des choix sans l’ombre des armes. Le troisième levier est la décentralisation: donner aux collectivités locales plus de responsabilités réduirait la compétition pour Tripoli et pour Benghazi.
Je défends l’idée que la disparition de Seif al-Islam est une occasion politique utile si elle est saisie par des décisions courageuses. Premièrement, la communauté internationale et l’ONU peuvent exercer une pression constructive pour soutenir une conférence nationale inclusive, en garantissant la sécurité des participants et en proposant une feuille de route technique pour les réformes institutionnelles. Deuxièmement, les élites militaires et politiques doivent entendre que l’impunité ne garantit plus d’avenir politique; l’intégration des commandants dans des structures étatiques sous contrôle civil serait une étape décisive. Troisièmement, la société civile, les tribus et les jeunes doivent être associés à la rédaction d’une Constitution provisoire qui limite les pouvoirs exécutifs et protège les droits fondamentaux.
Je m’appuie sur des exemples régionaux pour illustrer mon propos: après des périodes de violences, certains pays de la région ont réussi à avancer en remaniant leur système électoral et en renforçant la justice transitionnelle, non pas en effaçant la mémoire mais en structurant la responsabilité. À l’inverse, lorsque la vengeance prend le pas, les divisions se figent et le pays sombre davantage; la Libye ne doit pas répéter ces erreurs.
Concrètement, je propose quelques pistes mesurables: création d’une commission de vérité indépendante, appui technique international pour des registres d’électeurs sécurisés, programme de démobilisation financé par des partenaires internationaux et audit des recettes pétrolières pour garantir une redistribution transparente. Ces mesures exigent des calendriers précis et des garants crédibles, y compris des magistrats étrangers pour superviser les étapes clés si nécessaire.
Je garde l’espoir que la tragédie de Zenten devienne le point de départ d’une refondation politique et sociale en Libye. Sans illusions, je crois que la disparition d’une figure polarisante peut pousser les acteurs à sortir du cycle des représailles et à construire des institutions capables de protéger les citoyens. Il faudra de la volonté, du courage et de la patience, mais la Libye possède les ressources humaines et la mémoire collective pour tracer un chemin différent. Je souhaite que les responsables saisissent cette opportunité pour engager les réformes indispensables et offrir enfin aux Libyens une paix durable.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Dame Diouf.
Mis en ligne : 07/02/2026
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