Le vendredi 8 mai 2026, à l’Assemblée nationale à Dakar, le député Abdourahmane Diouf, membre de PASTEF, a déclaré au président Bassirou Diomaye Faye qu’il déposerait des motions de censure contre tout Premier ministre nommé si Ousmane Sonko était limogé.
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Suite de l’article : Ousmane Sonko est chef du gouvernement et leader de PASTEF, soutenu par la majorité issue des dernières élections législatives. La déclaration a été faite en séance plénière.
Cette menace explicite transforme une procédure parlementaire en arme politique, selon l’analyse de plusieurs observateurs. La tonalité de l’avertissement et la revendication d’une protection collective pour un leader placent l’Assemblée nationale au centre d’un bras de fer entre majorité parlementaire et Présidence.
Depuis les élections législatives, PASTEF dispose d’une assise parlementaire qui lui confère un levier réel: la capacité de déposer des motions susceptibles, par leur adoption, d’entraîner la chute d’un gouvernement. Une motion de censure, lorsqu’elle obtient la majorité des voix, a pour effet de contraindre le chef du gouvernement ou le cabinet à démissionner, selon les règles parlementaires en vigueur dans les systèmes démocratiques. En promettant de systématiser ces motions, une partie de la majorité mime une stratégie de verrouillage politique qui met en cause la capacité de la Présidence à exercer librement ses prérogatives de nomination.
L’utilisation répétée de la motion comme moyen de pression introduit plusieurs risques concrets. D’abord, elle risque d’installer une instabilité chronique: tout Premier ministre nommé pour appliquer une politique susceptible de déplaire à la majorité pourrait être renversé avant que ses mesures ne produisent des effets. Ensuite, elle fragilise la séparation des pouvoirs en convertissant une institution de contrôle légitime en outil de protection partisane. Enfin, elle crée un précédent où la légitimité démocratique tirée des urnes se mesure moins au respect des procédures institutionnelles qu’à la capacité d’une faction à discipliner l’exécutif.
Des comparaisons éclairent ces dangers. Dans certains systèmes parlementaires, comme au Royaume-Uni, le vote de défiance reste un instrument exceptionnel pour régler une crise gouvernementale, utilisé avec parcimonie afin de préserver la stabilité. À l’inverse, l’Italie offre une illustration de gouvernements à courte durée de vie provoqués par majorités fragmentées et par des alliances changeantes, ce qui a freiné la mise en œuvre de réformes sur le long terme. Appliqué de façon routinière, le mécanisme de la motion de censure peut produire ces mêmes effets de blocage et d’usure institutionnelle.
Les faits observables depuis l’annonce du député Diouf confirment la radicalité de la stratégie: menacer d’empêcher tout gouvernement voulu par le chef de l’État revient à subordonner la capacité d’action de l’exécutif à l’acceptation d’un seul leader. Ce mode d’action élargit le champ de la contestation parlementaire au-delà du contrôle démocratique classique et peut conduire à des impasses politiques où ni la Présidence ni l’Assemblée ne parviennent à gouverner efficacement. Sur le plan institutionnel, cette dynamique favorise les situations où le Parlement n’est plus un espace de délibération mais un instrument de conservation du pouvoir.
Des éléments comparatifs et des exemples antérieurs dans d’autres démocraties montrent que l’instrumentalisation des procédures parlementaires nécessite des garde-fous pour éviter la détérioration du fonctionnement démocratique. Les menaces répétées de motions de censure mettent en péril l’équilibre institutionnel, exposent l’action publique à des cycles de paralysie et installent un précédent dangereux où la survie politique prime sur l’intérêt général.
La période qui suit cette alerte publique à l’Assemblée nationale dira si les institutions sénégalaises sauront conjurer ce risque ou si elles entreront dans une routine de blocage législatif. Les faits présentés ici décrivent une stratégie consciente de contrainte politique dont la normalisation risque d’affaiblir la séparation des pouvoirs et d’entraîner une usure durable de la vie démocratique.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Khadim Nd.
Mis en ligne : 15/05/2026
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