L’information est tombée ce mardi 5 mai : la Cour d’appel de Dakar a confirmé la condamnation de neuf policiers et de leur indicateur pour le vol de 200 millions de francs CFA à deux commerçants maliens.
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Suite de l’article : Si le verdict semble juste, je ne peux m’empêcher de m’interroger sur ce que cette affaire révèle de plus profond : l’érosion de la confiance entre les citoyens et ceux qui devraient les protéger.
L’affaire, remontant à juillet 2024, est édifiante. Deux commerçants, transportant 650 millions de francs CFA, sont interceptés par des policiers à Dakar. Après une fouille dans une zone isolée à Zac Mbao, 200 millions disparaissent. Les images de vidéosurveillance, montrant des agents déchargeant des sacs d’argent, ont scellé leur culpabilité. Pourtant, malgré les preuves accablantes, les avocats des policiers ont fait appel devant la Cour suprême. Cette obstination à contester le verdict en dit long sur le sentiment d’impunité qui gangrène certaines franges des forces de l’ordre.
Je ne peux que constater avec amertume que cette affaire s’inscrit dans une tendance plus large. Au Sénégal, comme ailleurs en Afrique, les cas d’abus d’autorité et de corruption policière ne sont pas isolés. Selon un rapport de l’ONU publié en octobre 2024, l’impunité généralisée pour les abus policiers contre les Africains et les personnes d’ascendance africaine est une réalité persistante. Les victimes peinent à obtenir justice, et les mécanismes de responsabilité font souvent défaut. Au Brésil, par exemple, les Afro-Brésiliens sont trois fois plus susceptibles d’être tués par la police en raison d’un racisme systémique. Au Sénégal, les manifestations de 2024 contre le report des élections présidentielles ont été réprimées dans le sang, avec des policiers accusés d’avoir tué des manifestants, dont un adolescent de 16 ans, sans que quiconque ne soit encore traduit en justice.
Face à de tels agissements, les sanctions doivent être exemplaires. D’abord, pour rétablir la confiance : comment un citoyen peut-il respecter la loi si ceux qui l’incarnent la violent sans crainte des conséquences ? Ensuite, pour dissuader de futures dérives. Enfin, parce que la justice doit être la même pour tous, qu’on porte ou non un uniforme.
L’argument selon lequel les policiers agissaient « sous pression » ou « dans l’urgence » ne tient pas. Le vol est un crime, qu’il soit commis par un civil ou un agent de l’État. Et quand ce crime est commis en groupe, avec préméditation, il devient une atteinte grave à l’autorité même de l’institution policière.
Cette affaire des 200 millions n’est pas qu’une question d’argent. Elle pose la question de la crédibilité de nos forces de l’ordre. Si la Cour suprême confirme les peines, ce sera un pas dans la bonne direction. Mais pour restaurer la confiance, il faudra aller plus loin : renforcer les mécanismes de contrôle, sanctionner sans faiblesse les abus, et surtout, montrer que personne n’est au-dessus des lois. Sans cela, le fossé entre les citoyens et ceux qui devraient les servir ne fera que se creuser. Et c’est cela, le vrai scandale.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 16/05/2026
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