Sonko et Diomaye : Le théâtre de l’unité ou la comédie des tensions ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Eva | Publié le 29/05/2026 12:05:00

Sonko et Diomaye : Le théâtre de l’unité ou la comédie des tensions ?

L’image est trop belle pour être vraie. Le mardi 19 mai, la présidence sénégalaise a accueilli des élèves méritants, offrant une vitrine d’unité et de convivialité entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre, Ousmane Sonko.

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Suite de l’article : Les échanges taquins, les sourires complices, et les mots d’encouragement aux jeunes ont peint le tableau d’un duo serein et solidaire. Pourtant, je ne peux m’empêcher de me demander : à quel saint nous vouer, nous, Sénégalais, face à cette mascarade ? Derrière les apparences bon enfant se cache une réalité bien plus trouble, celle d’une relation politique sous haute tension, où chaque geste et chaque mot semblent calculés pour masquer une guerre de pouvoir larvée.

Depuis leur arrivée au pouvoir en mars 2024, Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont été présentés comme les symboles d’un renouveau politique, portés par une coalition unie : « Diomaye Président ». Pourtant, les signes de discorde ne datent pas d’hier. Dès novembre 2025, les divergences sur la restructuration de la coalition ont éclaté au grand jour. Le président a nommé Aminata Touré pour diriger ce processus, une décision immédiatement contestée par le PASTEF, le parti de Sonko, qui y voit une manœuvre pour marginaliser son leader. Les tensions se sont depuis exacerbées, avec des limogeages ciblés dans l’entourage présidentiel et des déclarations publiques où chacun campe sur ses positions.

Des élèves émus, un président paternaliste, un Premier ministre facétieux. Mais cette ambiance « très taquine » sonne faux quand on connaît les coulisses. Les piques échangées devant les élèves (« Le président vous a retenus ici jusqu’à 14 heures sans vous donner à manger ») ne sont pas anodines. Elles révèlent une stratégie de communication : montrer une complicité forcée pour rassurer l’opinion, alors que les couteaux sont tirés dans l’ombre.

Les déclarations de Sonko lors du Tera meeting de novembre 2025 sont édifiantes : « Toute restructuration de la coalition doit se faire autour du PASTEF ». Une façon de rappeler que, malgré le titre de Premier ministre, il reste le vrai centre de gravité politique. Diomaye Faye, de son côté, a dénoncé la « personnalisation excessive » autour de Sonko, signe d’une lutte d’influence au sommet de l’État.

Les Sénégalais méritent mieux que des mises en scène. Si les deux hommes ont des divergences, pourquoi ne pas les assumer publiquement plutôt que de jouer la comédie devant des élèves ? Cette duperie affaiblit la confiance dans les institutions.

L’histoire politique africaine regorge d’exemples où des duos au pouvoir ont finis par s’entredéchirer (ex. : la Côte d’Ivoire avec Gbagbo et Bédié, ou le Kenya avec Kenyatta et Odinga). Au Sénégal, on semble reproduire le même schéma, avec le risque d’une paralysie gouvernementale ou, pire, d’une crise ouverte.

Pendant que Diomaye et Sonko jouent aux amis devant les caméras, le pays fait face à une crise de la dette et à des défis sociaux majeurs. Leur énergie serait mieux employée à résoudre ces problèmes plutôt qu’à se livrer à des joutes politiques.

Cette situation rappelle celle du Brésil sous Bolsonaro et Mourão, où les apparences de cohésion cachaient des tensions profondes. Ou encore celle de la France avec Macron et Philippe, où les désaccords étaient gérés en coulisses, mais finissaient par éclater. Au Sénégal, la différence est que la discorde est déjà publique, et que les deux hommes semblent incapables de trouver un terrain d’entente durable.

Je ne suis pas dupe. Cette visite au palais, ces échanges taquins, ces sourires pour la galerie ne changent rien à la réalité : le tandem Diomaye-Sonko est en crise. Et nous, Sénégalais, sommes les premiers à en pâtir. Plutôt que de nous faire croire à une harmonie factice, il est temps que nos dirigeants assument leurs divergences et travaillent à les dépasser — ou, à défaut, clarifient une bonne fois pour toutes qui dirige vraiment ce pays.

Car une chose est sûre : ce jeu de dupes, nous n’en voulons plus.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 29/05/202
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