Je suis fatigué des postures qui se donnent des airs de grandeur pour masquer des faiblesses. Affirmer qu’on ne veut pas « bloquer » le pays alors que l’on dispose d’une majorité écrasante au Parlement sonne bien, mais cela peut cacher une stratégie de contournement et surtout une incapacité réelle à imposer sa vision.
Suite de l’article : Je refuse de croire que renoncer à user de ses prérogatives soit un acte de grandeur plutôt que le révélateur d’un désarroi politique.
La situation est simple à décrire. Une majorité parlementaire affirme son refus d’être associée aux consultations qui ont conduit à la nomination d’un Premier ministre et à la formation d’un gouvernement. Le chef de cette majorité proclame qu’il ne souhaite pas immobiliser les institutions et invite à une « discussion responsable ». Il rappelle en même temps qu’il a le pouvoir de censurer l’exécutif et que le Président peut encore dissoudre l’Assemblée dans quelques mois. Ces éléments factuels disent tout et leur lecture n’autorise pas les discours pieux.
Je vois ici plusieurs mécanismes dangereux. D’abord, l’annonce publique de ne pas vouloir bloquer sert à blanchir toute manœuvre ultérieure faite hors champ démocratique. Préserver l’image, éviter d’apparaître comme le fauteur de troubles, tout en travaillant à des arrangements en coulisses, voilà une technique éprouvée. Cette posture permet de revendiquer la légitimité morale tout en laissant s’accomplir des compromis opaques sans responsabilité visible. Ensuite, la focalisation sur les « orientations et le programme » plutôt que sur les personnes peut être un moyen commode pour refuser des négociations concrètes: on élude les discussions sur la répartition des responsabilités et on renvoie à des abstractions qui n’obligent à rien.
Au-delà de la stratégie, je perçois une faiblesse politique criante. Avoir la majorité et ne pas être associé à la désignation d’un Premier ministre révèle soit une incapacité à discipliner ses alliés, soit une absence d’influence réelle sur les rouages de l’État. Quand on a la force parlementaire, on négocie, on impose des conditions, on propose des alternatives visibles. Se contenter de beaux principes en public ressemble davantage à l’aveu d’une main qui tremble qu’à la preuve d’un volontarisme démocratique.
Un parallèle me vient: c’est comme un propriétaire qui réclame le respect de son titre mais délègue la gestion de la maison à l’invité dont il critique ensuite les choix. La contradiction entre le verbe et l’acte finit par dégrader l’autorité et par tourner l’argument moral en simple rhétorique.
Sur le fond, le pays ne mérite pas ce théâtre. La gouvernance exige des choix clairs, des négociations ouvertes et la capacité à assumer les conséquences de ses décisions. La menace de dissolution à six mois pèse dans ce jeu-là; elle ne doit pas servir de chiffon rouge pour calmer la rue pendant que se trament des compromis opaques. Si la majorité veut vraiment l’intérêt général, qu’elle le prouve en s’engageant publiquement dans des négociations transparentes, en posant des exigences concrètes et en assumant ses articles de foi parlementaires.
Je ne crois pas aux postures qui se contentent de beaux mots. Ou l’on fait de la politique en vrai, avec bras de fer et compromis visibles, ou l’on se retire si l’on n’a pas la capacité d’agir. Entre les deux, la population paiera la facture. Si l’on continue à confondre dignité affichée et pouvoir effectif, le spectacle politique deviendra vite la grande mascarade que mérite rarement une démocratie fragile.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Babacar Dramé.
Mis en ligne : 26/05/2026
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