Retour d’un ex-patron de la Senelec : Pourquoi ça inquiète - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 06/06/2026 12:06:45

Retour d’un ex-patron de la Senelec : Pourquoi ça inquiète

Je n’approuve pas la nomination d’un ancien patron de la Senelec à la tête du ministère de l’Intérieur, et je l’affirme sans détour: ce choix suscite chez moi une inquiétude profonde sur les conflits d’intérêts potentiels et sur le risque de favoritisme dans la gestion des forces de l’ordre.

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Suite de l’article : Confier un portefeuille régalien aussi sensible à un acteur issu du cœur des affaires publiques mérite un examen plus sévère que la simple célébration d’une carrière.

Mouhamadou Makhtar Cissé revient au premier plan avec un profil qui n’est pas neutre: dirigeant d’une grande entreprise publique, ministre de l’Énergie, il garde des réseaux et une connaissance intime des contrats, des fournisseurs et des prestataires. La Senelec, comme toute entreprise de service public, négocie des marchés, fait appel à des sociétés de sécurité et dépend d’opérateurs techniques. Lorsqu’une personne qui a administré ces interactions se trouve ensuite à la tête de l’appareil chargé d’encadrer les forces de l’ordre, la frontière entre intérêt public et intérêts privés peut s’estomper. Je crains que des arbitrages administratifs ou disciplinaires ne fléchissent en faveur d’alliances antérieures.

Le ministère de l’Intérieur détient des leviers concrets: nomination des cadres de la police et de la gendarmerie, contrôle des marchés de sécurité, supervision des sous-traitances liées à l’ordre public. Ces prérogatives offrent la possibilité, volontaire ou non, d’utiliser l’appareil sécuritaire pour protéger des partenaires, accélérer des procédures ou intimider des concurrents. La logique n’est pas nécessairement criminelle, elle peut être tout simplement corporatiste: privilégier des acteurs familiers parce qu’ils inspirent confiance, parce qu’on les connaît, parce qu’ils ont déjà travaillé ensemble. Ce type de préférence nourrit le soupçon et érode la confiance citoyenne.

J’observe aussi le contexte politique: une recomposition marquée par l’absence d’un mouvement important et la montée d’un autre à la présidence de l’Assemblée. Les équilibres sont fragiles, et un ministère de l’Intérieur peu soumis à des garde-fous indépendants devient le maillon faible d’une gouvernance responsable. La tentation de transformer la hiérarchie policière en instrument de rétribution ou de protection existe dès lors que les contrôles externes se relâchent.

Pour illustrer, je proposerai deux comparaisons simples qui parlent au grand public: confier l’arbitrage d’un match à l’entraîneur d’une des équipes et placer un contrôleur aérien propriétaire d’une compagnie à la tête de l’autorité de l’aviation suscitent les mêmes doutes. Les apparences comptent; elles influencent la légitimité. « La gestion des forces de l’ordre ne peut servir des intérêts privés », c’est une règle de bon sens que les responsables publics doivent incarner.

Il ne s’agit pas d’accuser sans preuve, mais de réclamer prudence et transparence. Les outils existent: déclarations patrimoniales publiques, comités d’éthique indépendants, publicité des marchés et procédures de nomination ouvertes. Sans ces garde-fous, le retour d’un ex-patron de la Senelec au cœur du pouvoir intérieur restera perçu comme un choix à risque, susceptible d’affaiblir l’impartialité des forces et d’installer des pratiques de favoritisme.

Je reste opposé à ce modèle d’affectation tant que les garanties effectives de séparation entre intérêts privés et responsabilités régaliennes ne seront pas visibles et vérifiables. La sécurité des citoyens ne doit pas s’altérer au profit de réseaux; la confiance publique mérite mieux qu’un arrangement de coulisses.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 06/06/202
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