Le ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Réforme du service public, Mamadou Lamine Dianté, a lancé ce mardi à Dakar un audit physique et biométrique de l’administration visant à moderniser les services publics et améliorer la gestion des ressources humaines de l’État.
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Suite de l’article : L’opération a été engagée sur l’ensemble du territoire et coïncide avec la Journée mondiale de la fonction publique. Le gouvernement a présenté l’audit comme un acte de gestion responsable.
J’observe que l’exercice vise à fiabiliser les effectifs, à valoriser le capital humain et à optimiser les dépenses publiques, et que des équipes d’auditeurs se déplacent pour dresser une cartographie exacte des agents. Lors de la cérémonie de lancement, cinquante agents ont reçu un prix destiné à promouvoir la performance et le mérite au sein de l’administration.
Ce bref contexte situe l’opération dans une logique de numérisation et de vérification des personnels déjà engagée dans plusieurs services publics.
L’analyse factuelle doit s’appuyer sur les mécanismes techniques et administratifs déployés. Un audit physique et biométrique produit une base de données centralisée contenant l’identification biométrique, la situation administrative, le poste occupé et les éléments de paie de chaque agent. La centralisation facilite la détection de doublons et de titulaires fictifs, et permet des recoupements automatisés entre listes de présence et paiements. Elle accélère également la prise de décision sur les redéploiements et les radiations administratives lorsque des écarts sont constatés.
Les faits disponibles montrent trois risques concrets associés à ce type d’opération. Premier risque: la concentration des informations personnelles et professionnelles dans un fichier national crée un levier administratif puissant qui peut servir à réorganiser massivement les effectifs. Deuxième risque: l’absence, dans les documents publics de lancement, de protocoles détaillés de transparence et de recours rend difficile le contrôle indépendant des décisions individuelles prises à la suite de l’audit. Troisième risque: la remise de prix à cinquante agents pendant la cérémonie expose la modernisation à une dimension symbolique susceptible d’être perçue comme une récompense sélective de loyauté.
Je relève des implications procédurales basées sur ces faits. Une cartographie exacte permet de définir des critères de permanence ou d’obsolescence de postes, et ces critères peuvent être appliqués rapidement si l’administration opte pour des mesures disciplinaires ou des restructurations. Les audits biométriques ont la capacité technique de justifier des radiations de masse si les éléments de paie ne correspondent plus à des présences vérifiées. Les pouvoirs exécutifs disposant ensuite des décisions de non-recrutement, de mutation ou de cessation administrative peuvent redistribuer les ressources humaines selon des objectifs opérationnels mais aussi politiques.
Des éléments comparatifs enrichissent ce constat sans lasser le lecteur. L’usage des données biométriques dans le secteur public accroît l’efficacité de la lutte contre les fraudes sur les effectifs, mais les archives administratives montrent que, lorsque les garde-fous institutionnels sont flous, ces mêmes outils servent à accélérer des purges ou des épurations administratives. Les procédures claires, les voies de recours publiques et la participation d’instances indépendantes constituent des facteurs qui réduisent ce risque; leur présence ou leur absence influe directement sur l’issue des opérations d’audit.
En synthèse factuelle, l’audit lancé à Dakar rassemble les conditions techniques permettant d’améliorer la gestion des ressources humaines, et il concentre simultanément des leviers administratifs puissants. J’observe que, sans garanties publiques sur les critères d’évaluation, les mécanismes de recours et la protection des données, les résultats collectés pourront être utilisés pour des réorganisations rapides et ciblées au service de finalités politiques. Le constat reste fondé sur les éléments opérationnels rendus publics lors du lancement et sur les caractéristiques intrinsèques des audits biométriques.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Mansour Dème.
Mis en ligne : 28/06/2026
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