L’artiste Mia Guissé a récemment partagé un message percutant sur ses réseaux sociaux : « Mesdames, si vous ne vous sentez plus en sécurité, partez. Aucun enfant ne mérite de grandir dans un environnement toxique. »
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Suite de l’article : Si l’intention est louable placer la sécurité des femmes et des enfants au cœur des priorités je ne peux m’empêcher de trouver ce conseil trop simpliste, voire dangereux. Derrière sa bienveillance apparente, il risque de faire peser toute la responsabilité sur les victimes, alors que la solution doit avant tout passer par une lutte collective contre les violences et un renforcement des protections.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), plus d’un tiers des femmes de 15 ans et plus au Sénégal (31,9 %) ont subi une forme de violence au cours des 12 derniers mois. À Diourbel, ce taux grimpe même à 42,6 %, le plus élevé du pays. Les violences psychologiques, souvent invisibles, touchent 62,1 % des femmes en milieu urbain depuis leur première union. Ces données rappellent une vérité cruelle : les violences conjugales ne sont pas des cas isolés, mais un fléau systémique, ancré dans des dynamiques sociales, économiques et culturelles complexes.
Je comprends l’urgence du message de Mia Guissé. Mais dire « partez » revient à ignorer les barrières concrètes qui retiennent les femmes dans des situations toxiques. Où aller ? Quand on sait que 87,5 % des Sénégalaises déclarent avoir subi des violences avant 18 ans, beaucoup n’ont pas de réseau de soutien. Comment partir ? Sans ressources financières, sans logement, ou avec des enfants à charge, le départ est souvent impossible. Et puis, il y a la peur des représailles, la honte, ou la pression familiale : « Un mariage, ça se répare », « Qu’est-ce que les gens vont dire ? »
En France, le Grenelle des violences conjugales a montré que même dans des pays dotés de dispositifs de protection, 22,5 % des victimes ne quittent pas leur conjoint violent. Alors au Sénégal, où les mécanismes de protection sont encore insuffisants et sous-financés, comment peut-on exiger des femmes qu’elles partent, comme si c’était une évidence ?
Je le dis sans détour : ce type de message, aussi bien intentionné soit-il, participe à une forme de victim blaming. En mettant l’accent sur l’acte individuel de partir, on sous-entend que la solution dépend uniquement de la femme, alors que la violence est un problème sociétal. C’est comme si on disait à une personne noyée : « Nage ! », sans lui tendre la main.
Pire, cela occulte le cycle des violences : l’emprise psychologique, la dépendance économique, l’isolement. Les spécialistes le répètent : les femmes ne restent pas par choix, mais par contrainte. En Europe, des pays comme l’Espagne ou la Suède ont réduit les féminicides en combinant prévention, éducation, et sanctions contre les agresseurs pas en répétant « partez » comme une incantation.
En Espagne, après le meurtre de Ana Orantes en 1997 brûlée vive par son ex-mari après avoir osé porter plainte le pays a réformé son système judiciaire : création de tribunaux spécialisés, formation des policiers, campagnes de sensibilisation ciblant les auteurs de violences. Résultat : le nombre de féminicides a chuté de 40 % en 10 ans. Au Sénégal, en revanche, les centres d’hébergement manquent cruellement, et les lois, bien qu’elles existent, sont peu appliquées.
Je ne remets pas en cause la sincérité de Mia Guissé. Mais je refuse que son message devienne un alibi pour l’inaction collective. Oui, les femmes doivent être encouragées à chercher de l’aide. Mais la vraie solution, c’est d’agir en amont : éduquer les hommes, renforcer les lois, financer les structures d’accueil, et cesser de faire porter le fardeau de la violence aux victimes.
Alors non, « partez » n’est pas une réponse. C’est un constats d’échec. Et cet échec, c’est à nous tous société, État, famille de le réparer. Pas aux femmes de fuir seules.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 02/09/2026
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