Pourquoi juger Macky Sall à Paris affaiblit la justice sénégalaise - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Justice | Par Maimouna | Publié le 16/10/2026 12:10:24

Pourquoi juger Macky Sall à Paris affaiblit la justice sénégalaise

Je ne suis pas un partisan de Macky Sall. Ses années au pouvoir, les événements tragiques survenus entre 2021 et 2024 et les nombreuses interrogations sur la gestion de cette période méritent, à mes yeux, des réponses claires.

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Suite de l’article : Mais une chose me dérange profondément : comment accepter que l’ancien président du Sénégal puisse se retrouver devant les tribunaux français alors que les faits qui lui sont reprochés concernent principalement notre pays ? Pour moi, ce serait une humiliation nationale.

Selon l’avocat Juan Branco, la procédure visant Macky Sall pour des faits qualifiés de crimes contre l’humanité pourrait franchir une nouvelle étape devant la justice française. Ces accusations, qui doivent être examinées dans le respect de la présomption d’innocence, sont liées aux violences survenues au Sénégal entre mars 2021 et avril 2024. L’avocat évoque notamment 76 morts et plus de 200 actes de torture recensés par le parquet de Dakar. Ces chiffres et les responsabilités éventuelles doivent être établis par une enquête rigoureuse et indépendante.

Mais où est passée notre fierté judiciaire ? Le Sénégal est un État souverain, doté de magistrats, d’avocats et d’institutions judiciaires capables de traiter des dossiers complexes. Pourquoi donner l’impression que la vérité sur une période aussi douloureuse devrait nécessairement venir de l’étranger ? Si des victimes attendent toujours des réponses, c’est d’abord à notre justice de leur offrir la possibilité de connaître la vérité et d’obtenir justice.

Je ne demande pas que Macky Sall soit protégé parce qu’il a dirigé le pays. Au contraire, un ancien président ne doit bénéficier d’aucune immunité morale face aux accusations. Mais je voudrais qu’il réponde de ses actes présumés devant les tribunaux sénégalais, dans le cadre d’une procédure indépendante, transparente et équitable. Ce serait la preuve que notre démocratie est assez forte pour juger ceux qui l’ont dirigée.

Regardons ce qui se passe ailleurs. En Afrique du Sud, les juridictions nationales ont joué un rôle important dans le traitement des crimes et des violations commis pendant l’apartheid, notamment grâce au travail de la Commission vérité et réconciliation. Cette expérience n’a pas résolu toutes les injustices, mais elle montre l’importance de mécanismes nationaux pour affronter un passé douloureux. Au Sénégal aussi, les institutions doivent pouvoir établir les responsabilités, sans pression politique ni règlement de comptes.

Certes, la justice internationale et les juridictions étrangères peuvent intervenir dans certaines circonstances, selon leurs compétences et les règles applicables. Elles peuvent devenir des recours lorsque les mécanismes nationaux sont défaillants ou incapables d’agir. Mais chaque fois qu’un dossier aussi sensible échappe à notre contrôle judiciaire, une question embarrassante se pose : avons-nous réellement fait tout ce qui était nécessaire pour que justice soit rendue chez nous ?

Le véritable scandale serait que les victimes sénégalaises soient obligées de regarder vers Paris pour espérer obtenir des réponses à des drames vécus au Sénégal. Notre pays ne peut pas réclamer sa souveraineté uniquement dans les discours politiques et l’oublier lorsqu’il s’agit de rendre la justice.

Je suis contre Macky Sall politiquement, mais je refuse de confondre opposition politique et humiliation nationale. S’il existe des responsabilités à établir, qu’elles le soient devant une justice sénégalaise libre, crédible et courageuse.

Car la dignité du Sénégal ne consiste pas à protéger ses anciens dirigeants. Elle consiste à démontrer que personne, pas même un ancien chef de l’État, n’est au-dessus de la loi.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 16/10/2026

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