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La décision de la mairie de Thiès d’entamer la réhabilitation de la fresque de Papa Ibra Tall à la Place de France a suscité une vive polémique locale. Le maire, le Dr Babacar Diop, a expliqué que l’œuvre était en état de dégradation avancée et a qualifié la fresque de « morte », évoquant des actes d’abandon et de dégradation sur le site. Ces éléments factuels interrogent la manière dont la municipalité a présenté et engagé l’intervention sur ce patrimoine mural.
La fresque de Papa Ibra Tall occupe une place reconnue dans le paysage artistique et urbain de Thiès, située à la Place de France, lieu de passage et d’échanges. La mairie a signalé un état de dégradation matériel : détérioration des pigments, salissures et dégradations sur la surface, ainsi que des actes d’incivilité rapportés sur le site. Pour préparer l’opération, la municipalité indique s’être rapprochée de la Direction des Manufactures Sénégalaises des Arts Décoratifs (MSAD) et que celle-ci a proposé des artistes qualifiés pour la réhabilitation. Les échanges entre la mairie et les MSAD constituent le cadre officiel annoncé de la procédure de restauration.
La qualification de l’œuvre comme « morte » par l’autorité municipale pose une question factuelle sur la communication publique autour d’un chantier patrimonial. En décrivant l’œuvre comme sans vie, la déclaration institutionalise un récit qui peut influencer le regard des habitants et des acteurs culturels. Les faits rapportés incluent l’abandon matériel et la présence d’incivilités sur le site ; ces constats techniques justifient des travaux de conservation. Pourtant, la formulation employée réduit la fresque à son état matériel et omet des éléments symboliques et historiques qui font partie de sa valeur patrimoniale. Le recours aux MSAD pour proposer des artistes relève d’une procédure technique, mais n’exclut pas la controverse sur la nature exacte des interventions prévues : restauration fidèle, interprétation contemporaine ou remplacement partiel.
La banalisation de la destruction potentielle d’une œuvre publique se fonde sur plusieurs faits observables. D’abord, la communication officielle qui présente une œuvre comme « morte » peut faciliter l’acceptation sociale d’un remplacement ou d’une réinterprétation, alors que des protocoles de conservation existent pour les fresques. Ensuite, l’absence de consultation publique largement documentée avant l’intervention alimente les inquiétudes ; la municipalité indique une concertation avec les MSAD, mais les éléments publics décrivant la participation des artistes locaux, des historiens ou de la communauté ne sont pas détaillés. La mise en avant exclusive de l’état matériel sans contextualisation historique réduit la discussion à une logique d’entretien urbain, plutôt qu’à une politique de sauvegarde de patrimoine immatériel et visuel.
Qualifier une œuvre de « morte » transforme un problème de conservation en une justification politique pour modifier un symbole collectif, et cela révèle un rapport utilitariste au patrimoine affiché par l’autorité locale. La fresque de Papa Ibra Tall porte une valeur symbolique liée à l’identité culturelle de la ville, à l’histoire artistique locale et à la mémoire publique ; traiter cette valeur par l’angle de la fatalité matérielle écarte la responsabilité de préserver le sens social de l’œuvre. La comparaison avec des procédures de restauration menées dans d’autres villes sénégalaises montre qu’il existe des modèles alternatifs où la conservation s’accompagne d’un dialogue public et d’une expertise archivistique.
Des exemples internationaux de restauration urbaine indiquent des protocoles précis : diagnostic scientifique, documentation photographique, consultation des ayants droit et du milieu artistique, puis interventions minimales. Au Sénégal, la présence des MSAD représente une compétence technique, mais les archives et témoignages sur Papa Ibra Tall pourraient éclairer le projet. Des comparaisons avec la réhabilitation de fresques à Dakar et à Saint-Louis montrent que la transparence sur la méthodologie et la participation citoyenne réduisent les tensions. Les données locales sur l’entretien des espaces publics et sur les incidents d’incivilité autour de la Place de France peuvent aussi servir de base à des politiques préventives complémentaires.
Les faits établis autour de l’intervention à la Place de France montrent une dégradation matérielle réelle et une démarche technique avec les MSAD, mais aussi un choix de communication qui présente l’œuvre comme dépourvue de valeur vivante. Cette présentation technique risque d’effacer la dimension symbolique de la fresque de Papa Ibra Tall et d’ouvrir la voie à des transformations qui n’auront pas nécessairement fait l’objet d’un débat élargi. Les éléments disponibles invitent à documenter davantage la procédure de réhabilitation et à préciser la place donnée à la mémoire artistique dans les décisions municipales.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Aissatou B.
Mis en ligne : 18/01/2025
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