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Dans une interview récente accordée à iGFMTV, Bocar, figure emblématique de la série « Bété-bété », a rappelé une vérité amère : « L’État ne donne pas aux artistes la place qu’ils méritent. » Cette déclaration, portée par un artiste aussi engagé qu’Abdel Kader Diarra (alias Pichinini), résonne comme un constat d’échec collectif. Malgré leur rôle central dans la construction de l’identité nationale, l’éducation et la cohésion sociale, les artistes sénégalais peinent à obtenir le soutien institutionnel, financier et symbolique qu’ils méritent.
Pourtant, investir dans la culture n’est pas un luxe, mais un levier stratégique pour le développement. Alors pourquoi l’État sénégalais, malgré ses promesses, reste-t-il si timide face à ses créateurs ?
Le Sénégal se targue d’une vie culturelle riche, portée par des séries comme « Bété-bété », des festivals comme la Biennale de Dakar, ou encore des figures comme Pichinini, qui allient tradition et modernité. Pourtant, les artistes dénoncent depuis des années un manque criant de moyens, de structures et de reconnaissance. En janvier 2026, le Président de la République a bien évoqué, lors d’un Conseil des ministres, la nécessité de « protéger les artistes et de valoriser leur statut ». Mais ces annonces restent souvent lettre morte. La Biennale de Dakar, par exemple, dépend presque exclusivement du financement de l’État, sans jamais parvenir à une réelle autonomie ou à une organisation pérenne. Les appels à candidatures pour l’acquisition d’œuvres d’art par l’État existent, mais ils sont sporadiques et insuffisants. Pire, les artistes doivent souvent compter sur des partenariats privés ou internationaux pour survivre, comme le montre le soutien de la Fondation Sococim à Rufisque ou les subventions du British Council.
L’État sénégalais semble privilégier les grands événements médiatiques (comme la victoire des Lions à la CAN 2025) au détriment d’un accompagnement structurel des artistes. Les budgets alloués à la culture restent dérisoires, et les mécanismes de soutien (comme le système de rémunération pour copie privée) peinent à être appliqués. Les artistes sont ainsi réduits à une variable d’ajustement, célébrés lors des succès, oubliés le reste du temps. Cette politique du « coup par coup » ne permet pas de bâtir une industrie culturelle solide, capable de rivaliser avec d’autres pays africains comme le Nigeria ou l’Afrique du Sud, où les industries créatives sont devenues des piliers économiques.
Les artistes ne demandent pas l’aumône, mais des politiques publiques cohérentes. Or, le Sénégal, confronté à une dette croissante et à des négociations difficiles avec le FMI, semble considérer la culture comme un poste de dépense secondaire. Pourtant, des études montrent que les industries culturelles peuvent générer des emplois, attirer des investissements et renforcer l’image du pays à l’international.
En France, le ministère de la Culture a récemment renforcé ses dispositifs contre la censure et pour la liberté de création, avec des guides juridiques et des référents dédiés. Au Sénégal, les artistes doivent souvent se battre seuls contre les déprogrammations, les pressions ou l’absence de cadre légal protecteur.
Des artistes comme Pichinini, qui forment les nouvelles générations, méritent mieux que des promesses creuses. Leur travail est un investissement pour l’avenir, mais sans soutien, beaucoup finissent par abandonner ou partir à l’étranger.
Au Rwanda ou en Afrique du Sud, les gouvernements ont intégré la culture dans leurs stratégies de développement, avec des résultats probants. La Tunisie, grâce à des campagnes de sensibilisation communautaire, a su transformer sa scène culturelle en un outil de résilience et d’influence. Le Sénégal, lui, reste en retrait, malgré un potentiel immense.
La déclaration de Bocar n’est pas une plainte isolée, mais le symptôme d’un malaise profond. Tant que l’État sénégalais ne passera pas des discours aux actes, ses artistes continueront de se sentir abandonnés. La culture n’est pas un accessoire : c’est un pilier de la souveraineté et du rayonnement d’un pays. Il est temps que le Sénégal cesse de traiter ses créateurs comme des figurants et leur donne enfin les moyens de briller.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 21/02/2026
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