Entre parti et président : Quand la loyauté étouffe l’État - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Eva | Publié le 24/02/2026 12:02:00

Entre parti et président : Quand la loyauté étouffe l’État

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L’affaire du limogeage de Bassirou Kébé, ancien directeur de la Société nationale des Habitations à Loyer modéré (SN HLM), a révélé une crise profonde au sein du parti Pastef et de l’administration sénégalaise. L’analyste politique Mamadou Sy Albert souligne à juste titre une confusion entre loyauté partisane et obéissance à l’État, un malaise qui, à mon sens, menace la stabilité même de nos institutions. Je partage l’avis que cette situation illustre un problème de culture de l’État, où les cadres administratifs se retrouvent pris entre deux feux : servir le président ou défendre les idéaux de leur parti.

Ce conflit, loin d’être anodin, creuse un vide décisionnel dangereux et dessert à la fois le parti et l’intérêt général.

Le limogeage de Bassirou Kébé, acté par décret présidentiel le 18 février 2026, a suscité une vive émotion au sein de Pastef. Kébé, figure respectée du parti, avait publiquement critiqué la gouvernance de Diomaye Faye, notamment sur la gestion de la crise universitaire et le recyclage de personnalités controversées au sein de la coalition au pouvoir. Ses propos, qualifiés d’« insulte à la mémoire des martyrs » par certains, ont cristallisé les tensions entre une frange du parti et la présidence. Pourtant, comme le rappelle Mamadou Sy Albert, un parti au pouvoir ne peut se permettre de laisser ses responsables attaquer le président en public. Cette défiance ouverte, plutôt que d’être gérée en interne, a été sanctionnée par une mesure administrative, alimentant un climat de suspicion et de division.

Ce cas n’est pas isolé. En Afrique, plusieurs exemples récents montrent comment les conflits entre parti au pouvoir et président peuvent déstabiliser l’action publique. Au Bénin, en Guinée-Bissau ou encore au Mali, les tensions internes ont souvent conduit à des blocages, voire à des coups d’État, lorsque la loyauté partisane prime sur l’intérêt national. Au Sénégal, la situation est d’autant plus préoccupante que le pays est souvent cité en exemple pour sa stabilité démocratique. Pourtant, la confusion entre les rôles – militant et administrateur – affaiblit la crédibilité de l’État et discrédite l’action gouvernementale. Diomaye Faye, en limogeant Kébé, a envoyé un signal clair : la dissidence ne sera pas tolérée, même si elle émane de ceux qui ont contribué à son élection.

Premièrement, la gestion de cette crise révèle une absence de mécanismes internes de régulation au sein de Pastef. Plutôt que d’ouvrir un débat constructif, le parti semble préférer la répression, ce qui risque d’aggraver les fractures. Deuxièmement, le limogeage de Kébé, présenté comme une mesure de « modernisation » de l’administration, apparaît surtout comme une manœuvre politique. En remplaçant un cadre expérimenté par un technocrate, le président donne l’impression de privilégier l’obéissance aveugle à la compétence. Enfin, cette affaire pose la question de la culture de l’État : un haut fonctionnaire doit-il être le porte-voix de son parti ou le serviteur de l’intérêt général ? La réponse devrait être évidente, mais la réalité montre que les lignes sont brouillées.

En Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara a longtemps été critiqué pour avoir instrumentalisé l’administration à des fins partisanes, au détriment de la cohésion nationale. Au Sénégal, le risque est le même : si les cadres administratifs sont perçus comme des militants avant tout, la confiance des citoyens dans les institutions s’érode. La démocratie sénégalaise, souvent louée pour sa résilience, ne peut se permettre de reproduire les erreurs d’autres régimes africains où la politisation de l’administration a conduit à l’instabilité.

Le limogeage de Bassirou Kébé est bien plus qu’un simple changement de personnel : c’est le symptôme d’un malaise plus large, celui d’un État où la loyauté partisane étouffe le débat et la transparence. Pour éviter que cette crise ne s’aggrave, Pastef et la présidence doivent urgemment clarifier leurs positions et rétablir une frontière nette entre militantisme et service public. Sinon, c’est la crédibilité même de l’État qui sera en jeu. Diomaye Faye a le devoir de trancher, non pas en silence, mais en proposant une vision claire de la gouvernance, où la compétence et l’éthique priment sur les calculs politiques. L’avenir du Sénégal en dépend.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Modou Gaye.
Mis en ligne : 24/02/202
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