Casamance en état d’alerte : La guerre contre le chanvre fait des victimes - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 25/04/2026 08:04:00

Casamance en état d’alerte : La guerre contre le chanvre fait des victimes

Un soldat sénégalais a été tué et six autres ont été blessés lors d’une opération de démantèlement de champs de chanvre indien à Kadialock, en Casamance, près de la frontière gambienne, mercredi 12 mars.

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Suite de l’article : La direction des relations publiques des armées a indiqué qu’un détachement s’était engagé avec « un groupe d’individus armés » et que plusieurs assaillants avaient été neutralisés. Ces faits interviennent dans le cadre d’opérations visant la destruction des cultures illicites.

La montée des opérations militaires dans la région suscite désormais des inquiétudes parmi les populations locales et des observateurs. La présence renforcée des forces armées, présentée comme une réponse à la culture du chanvre et aux bandes armées, pose des risques pour la sécurité quotidienne et pour la stabilité d’une région marquée par un conflit de longue durée.

La Casamance connaît un conflit latent depuis les années 1980, ponctué de périodes de violences et d’accords fragiles, et la zone frontalière avec la Gambie reste particulièrement sensible aux trafics et aux tensions armées.

La militarisation accrue de la Casamance repose sur des opérations ciblées contre les cultures illicites, mais plusieurs éléments factuels indiquent que cette stratégie peut aggraver l’insécurité locale. D’abord, les saisies et destructions de plantations s’accompagnent souvent d’affrontements imprévisibles entre soldats et combattants locaux, comme l’illustre l’incident de Kadialock où un militaire a perdu la vie. Les interventions armées dans des zones rurales densément peuplées augmentent le risque de victimes civiles et de déplacements de population lorsque les habitants sont pris entre des groupes armés et les forces régulières.

Ensuite, la logique de répression économique — détruire des cultures qui servent de revenu aux familles — peut alimenter la radicalisation et renforcer le soutien aux groupes armés. Des études sur des conflits ruraux montrent que la privation soudaine de moyens de subsistance favorise le recrutement et la coopération avec des réseaux illicites. La Casamance présente des similitudes avec d’autres zones sahéliennes où la chasse aux cultures illicites a parfois renforcé la défiance envers l’autorité centrale, plutôt que de l’affaiblir.

Un autre facteur est l’absence d’approche civile complémentaire: sécurité sans développement laisse un vide. Les opérations militaires concentrées sur la destruction des plantations ne sont accompagnées que rarement de programmes de substitution de cultures, d’accès au crédit ou d’initiatives de réinsertion. En conséquence, la population peut percevoir l’action comme punitive. La fracture entre les communautés et l’État se creuse lorsque les pertes humaines s’ajoutent aux pertes économiques.

Comparativement, certaines régions ont combiné actions de sécurité et projets agricoles pour réduire l’offre illicite, avec des résultats plus stables. À l’inverse, des opérations purement militaires dans des contextes comparables ont mené à des cycles de violences récurrentes. La Casamance n’est ni totalement comparable à un théâtre urbain, ni identique aux zones désertiques du Sahel, mais elle partage la vulnérabilité aux effets secondaires d’une stratégie exclusivement militaire.

Enfin, les interactions transfrontalières avec la Gambie compliquent l’impact des opérations: les routes et rivières frontalières facilitent les mouvements d’armes et de personnes, ce qui signifie que les interventions locales peuvent déplacer les problèmes plutôt que les résoudre. La neutralisation d’assaillants sur un lieu donné n’empêche pas l’émergence d’autres groupes dans des zones adjacentes.

Les faits récents à Kadialock rappellent que la simple intensification militaire comporte des coûts mesurables: pertes humaines, perturbation des moyens de subsistance et risques de propagation des affrontements. Les données et les exemples issus d’autres contextes montrent qu’une stratégie centrée sur la force, sans alternatives économiques et sans dialogue local, risque d’enfermer la Casamance dans un cercle de violences répétées. Pour rompre ce cycle, les éléments factuels plaident en faveur d’une approche plus équilibrée où la sécurité s’articule avec des réponses civiles tangibles et durables.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Barra N.
Mis en ligne : 25/04/2026

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