Brûlée par sa belle-sœur : La violence invisible entre femmes - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Fait divers | Par Maimouna | Publié le 18/04/2026 06:04:00

Brûlée par sa belle-sœur : La violence invisible entre femmes

Le 10 avril, à Richard-Toll, Khady Aw, ménagère de 20 ans, a été grièvement brûlée à l’eau bouillante au quartier Thiabakh et admise aux urgences. La suspecte, sa belle-sœur R. Traoré, 21 ans, a été interpellée le 12 avril et mise en garde à vue pour tentative de meurtre, coups et blessures volontaires et mise en danger de la vie d’autrui. L’affaire tourne autour d’un différend sur une bouilloire électrique.

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Suite de l’article : Je me refuse à ranger cet épisode sanglant dans la rubrique des faits divers isolés. Ce n’est pas seulement un conflit domestique qui a dégénéré, c’est le symptôme d’une culture qui normalise des rapports de pouvoir toxiques entre femmes et qui instrumentalise la violence comme mode de règlement des rivalités familiales. La rage contre une belle-sœur mérite d’être lue comme un avertissement.

Les blessures décrites comprennent des décollements cutanés au cou, au torse et au dos, avec une incapacité temporaire de travail estimée à 21 jours, selon la qualification judiciaire retenue lors de la garde à vue.

Je veux alerter sur le terrain culturel qui nourrit ce type d’agression. Dans de nombreuses familles, la structure patriarcale transforme les femmes en gardiennes d’un honneur domestique qui se mesure souvent à la position dans la maisonnée, au contrôle des tâches et à la proximité du mari. Cette organisation fabrique des rivales plus qu’elle ne crée des alliées. La querelle autour d’une bouilloire révèle la trivialité apparente de l’objet et la charge symbolique qui l’accompagne: qui a le droit d’agir pour le mari? qui occupe l’espace central de la cuisine? Ces questions banales deviennent des étincelles dans un grenier plein d’amertume.

La banalisation de la violence entre femmes est facilitée par des récits sociaux qui réduisent les conflits à des querelles personnelles, sans voir l’architecture patriarcale en arrière-plan. Je pense que la pensée populaire attribue trop souvent la responsabilité à la nature « émotive » des femmes, comme si les gestes violents surgissaient sans contexte. Cette lecture est dangereuse: elle prépare le terrain à l’impunité et à la répétition.

Il faut envisager des politiques éducatives ciblées pour déconstruire ces rapports de pouvoir. J’imagine des programmes scolaires qui enseignent l’égalité domestique, des ateliers pour former les leaders communautaires et des campagnes qui interrogent les rôles genrés autour du foyer. L’éducation des parents doit inclure des modules sur la gestion des conflits sans violence et sur la redistribution des tâches ménagères, parce que la rivalité domestique puise sa force dans l’inégalité concrète du travail invisible.

Les services judiciaires et sociaux doivent eux aussi arrêter de traiter ces violences comme de simples disputes de voisinage. Je demande que les procédures intègrent systématiquement l’analyse des contextes familiaux et des rapports de pouvoir, et que les formations des policiers et des magistrats incluent l’approche genrée. Une femme qui frappe une autre femme n’est pas seulement « en colère », elle est souvent l’actrice d’un mécanisme social plus vaste.

Des études comparatives montrent que dans les sociétés où la charge domestique est mieux répartie, les tensions intra-familiales et les violences entre proches diminuent. De même, des programmes d’éducation parentale ont réduit les comportements violents dans des quartiers urbains comparables. Ces exemples servent de boussole: ils prouvent que la prévention passe par la transformation des normes, pas par la seule répression.

Je refuse de m’apaiser en considérant cette brûlure comme un accident social isolé. La violence entre femmes est l’un des effets pervers d’un système patriarcal qui encourage la compétition pour des miettes de pouvoir domestique. Si l’on veut éviter d’autres visages mutilés, il faut attaquer la structure qui fabrique ces rivalités et investir dans des politiques éducatives et judiciaires qui redistribuent le pouvoir au sein des foyers. Je dis clairement: laisser faire, c’est préparer la prochaine tragédie.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 29/04/202
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