Crise 2021-2024 : Macky Sall esquive-t-il ses responsabilités ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Maimouna | Publié le 04/05/2026 12:05:00

Crise 2021-2024 : Macky Sall esquive-t-il ses responsabilités ?

Macky Sall, ancien président du Sénégal et candidat déclaré au poste de secrétaire général de l’ONU, a pris la parole lundi aux États-Unis devant des membres de la société civile pour revenir sur les violences politiques survenues entre 2021 et 2024 au Sénégal.

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Suite de l’article : Il a qualifié ces épisodes d' »actions terroristes », évoqué des incendies, des attaques contre des médias, des menaces contre des juges et des morts dans des cars de transport public.

Je refuse la manière dont cet épisode est raconté comme si tout se résumait à des actes isolés, imputables à des bandes sans arrière-plan. En choisissant de réduire la crise à des « actions terroristes », M. Sall évite la question la plus embarrassante: quelle part de responsabilité incombe à l’État et à ceux qui détenaient le pouvoir au moment des affrontements? Je pense que la rhétorique sécuritaire empêche la justice indépendante et l’examen des violences d’État, et que cette manœuvre sert davantage une carrière internationale que la vérité nationale.

Les violences de 2021-2024 ont éclaté dans un contexte de fortes tensions politiques, d’affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, et d’interventions judiciaires contestées. Des centaines de citoyens ont été blessés ou arrêtés et des familles restent sans réponses sur les circonstances des décès.

Je trouve profondément inquiétant que la violence soit essentiellement dépolitisée par la narration officielle. Présenter des incendies d’universités, des saccages de médias et des morts dans des transports comme de simples « actions terroristes » opère une opération de recadrage: la responsabilité devient celle d’individus dévoyés, et non celle d’appareils et de décisions politiques. Cette rhétorique crée un écran de fumée qui protège des ministres, des chefs de police et des responsables civils dont les ordres, omissions ou anticipations auraient pu aggraver la crise.

Quand des tribunaux, des hôpitaux ou des ONG demandent des enquêtes indépendantes, la réponse a trop souvent été l’argument de l’ordre public. J’entends l’excuse: il fallait « ramener la paix ». Mais la paix imposée sans vérité n’est pas une paix; c’est l’écrasement d’une blessure sous une plaque de béton. Je refuse l’idée que la loi d’amnistie, présentée comme acte de pardon, remplace l’obligation de faire la lumière sur les morts et de réparer les victimes.

D’abord, la qualification d’actes comme « terroristes » a des conséquences juridiques et médiatiques concrètes: elle restreint l’accès à l’information, oriente les enquêtes vers la piste du crime organisé et légitime des mesures d’exception. Ensuite, l’absence d’enquêtes indépendantes laisse des familles sans réponses et empêche la reconstitution des responsabilités. Sans autopsies indépendantes, sans auditions publiques et sans archives accessibles, l’histoire officielle devient la seule histoire tolérée.

Je rappelle deux comparaisons éclairantes: lorsque des démocraties confrontées à des violences internes ont accepté des commissions d’enquête indépendantes, la confiance sociale a progressé malgré des révélations douloureuses. À l’inverse, des régimes qui ont étouffé les enquêtes ont vu la rancœur sociale se transformer en fractures durables. Les Sénégalais méritent le premier chemin, pas le second.

En qualifiant les événements de pure « terrorisme », M. Sall politise sa propre sortie de scène et politise sa candidature internationale. La loi d’amnistie devient un outil de nettoyage politique plus que de réparation civique. Je soutiens que seule une enquête internationale indépendante, avec accès aux sites, aux témoins et aux expertises médico-légales, permettra de distinguer actes criminels individuels, bavures policières et décisions politiques directes. Sans cela, le discours victimaire de l’État masque des responsabilités institutionnelles, et la réparation reste illusoire.

Des ONG locales et internationales ont documenté des cas précis de blessés par balles en zones de manifestations et des témoignages concordants d’arrestations arbitraires. Les données hospitalières montrent des pics de traumatisme contondant en période de répression, et des journalistes ont enregistré des pressions sur leurs rédactions. Ces éléments ne se dissipent pas par une loi d’amnistie ni par des déclarations visant à rassurer une audience internationale.

Je refuse la facilité d’un récit qui transforme des citoyens morts ou blessés en victimes anonymes d’un « terrorisme » tout en blanchissant des institutions. Le pardon politique ne remplace pas la vérité judiciaire et la transparence. Si l’on veut véritablement préserver la démocratie sénégalaise, il faut des enquêtes crédibles et publiques, pas des formules qui servent à tourner la page sans jamais l’ouvrir. Tant que la lumière ne sera pas faite, le silence officiel restera une complicité lourde à porter.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 04/05/202
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