Mali : Les « succès » militaires suffisent-ils à convaincre ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Maimouna | Publié le 10/05/2026 09:05:00

Mali : Les « succès » militaires suffisent-ils à convaincre ?

Je me permets de revenir sur la récente déclaration du chef d’état-major des armées maliennes, le général Oumar Diarra, annonçant la « neutralisation » de plus de 200 terroristes après une série d’attaques coordonnées dans plusieurs régions du pays.

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Suite de l’article : Si cette annonce peut, à première vue, rassurer une opinion publique en quête de sécurité, elle soulève surtout des questions sur la transparence, la fiabilité des chiffres avancés, et la réalité du rapport de force sur le terrain.

Depuis 2012, le Mali est plongé dans une crise sécuritaire profonde, marquée par la multiplication des attaques jihadistes et des violences intercommunautaires. Les groupes armés, affiliés à Al-Qaïda ou à l’État islamique, ainsi que les rebelles touaregs, ont étendu leur influence bien au-delà du nord du pays, frappant désormais des cibles symboliques comme Bamako, Kati ou Gao.

Les attaques du 25 avril 2026, revendiquées conjointement par le JNIM et le FLA, ont visé des sites stratégiques, dont le siège de la présidence et l’aéroport international, illustrant la vulnérabilité persistante des institutions maliennes. Pourtant, malgré cette réalité, les communiqués officiels continuent de vanter des « succès » militaires, souvent impossibles à vérifier de manière indépendante.

L’annonce de « 200 terroristes neutralisés » s’inscrit dans une logique de communication militaire bien rodée : afficher un contrôle de la situation et un succès opérationnel, quitte à minimiser les échecs ou les pertes subies. Or, dans un conflit aussi complexe et asymétrique que celui du Mali, où les affrontements sont dispersés et les informations difficiles à recueillir, ces bilans doivent être interrogés. Plusieurs rapports et analyses soulignent que les groupes jihadistes, loin d’être affaiblis, ont au contraire renforcé leur capacité à mener des attaques simultanées et à cibler les grands centres urbains. Par ailleurs, la présence de mercenaires russes (d’abord Wagner, puis l’Africa Corps) n’a pas suffi à inverser la tendance, bien au contraire : les exactions attribuées à ces forces ont souvent alimenté le recrutement des groupes armés, qui se présentent comme des protecteurs des communautés locales.

Dans un contexte où la junte malienne a repoussé à plusieurs reprises la promesse d’un retour des civils au pouvoir, les annonces de victoires militaires servent aussi à justifier le maintien d’un régime autoritaire. La suppression de la charte des partis politiques, la répression des voix critiques et la restriction des libertés d’expression sont autant de signes d’un pouvoir qui, faute de résultats tangibles, mise sur la communication pour assoir sa légitimité. Pourtant, la réalité est tout autre : les populations civiles continuent de payer le prix fort, avec des déplacements massifs, des violations des droits humains et une économie asphyxiée par les blocus imposés par les groupes armés.

La situation malienne n’est pas sans rappeler d’autres conflits où les bilans militaires ont été instrumentalisés à des fins politiques. En Syrie, en Irak ou encore en Afghanistan, les annonces de « terroristes éliminés » ont souvent masqué des échecs stratégiques ou des replis tactiques. Au Sahel, la junte malienne, comme ses homologues burkinabè et nigériennes, semble reproduire ce schéma : brandir des chiffres pour masquer l’enlisement et l’absence de solution politique durable.

Je ne remets pas en cause le courage des soldats maliens, ni l’importance de la lutte contre le terrorisme. Mais il est temps de cesser de confondre communication et réalité. Les bilans militaires, pour être crédibles, doivent être soumis à un examen indépendant et transparent. Sans cela, ils ne servent qu’à nourrir une illusion de contrôle, tandis que le Mali s’enfonce dans une crise multidimensionnelle. La priorité devrait être de rétablir un dialogue inclusif, de protéger les civils et de chercher des solutions politiques, plutôt que de s’enfermer dans une logique de guerre et de propagande.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 10/05/202
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