Le 1er mai, Seydi Gassama, directeur exécutif d’Amnesty International Sénégal, a appelé l’État à lancer une politique de grands travaux d’assainissement à Dakar et dans les grandes villes de l’intérieur pour répondre à la crise de l’emploi des jeunes.
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Suite de l’article : Son message, diffusé à l’occasion de la fête du Travail, vise à créer des débouchés immédiats face aux difficultés d’insertion professionnelle des jeunes urbains.
L’appel se concentre sur des chantiers d’assainissement ciblés qui, selon l’intervenant, pourraient mobiliser des milliers de personnes rapidement. Le discours s’inscrit dans un contexte de forte pression sociale autour du chômage juvénile et des inondations récurrentes dans les zones urbaines.
Les travaux d’assainissement offrent des emplois rapides et visibles, souvent en travaux publics, drainage et curage des canaux, qui contribuent à réduire les risques d’inondation et à améliorer l’hygiène urbaine. Seydi Gassama a souligné que « les travaux d’assainissement dans la région de Dakar et dans les grandes villes de l’intérieur du pays […] peuvent mettre des dizaines de milliers de jeunes au travail et relancer l’économie ». Sur le plan opérationnel, ces chantiers peuvent absorber une main-d’œuvre non qualifiée sur de courtes périodes.
Les emplois créés par des grands travaux sont majoritairement temporaires et peu qualifiés, ce qui limite la trajectoire professionnelle des jeunes concernés. Comparé à une politique de formation professionnelle, un chantier d’assainissement offre peu de compétences transférables et peu de possibilités d’évolution salariale. Les travailleurs recrutés pour des tâches manuelles risquent de retrouver le chômage à la fin des phases de chantier, faute de certificats, d’apprentissages techniques ou d’insertion durable sur le marché du travail.
À court terme, l’effet sur l’emploi est mesurable; à moyen terme, l’impact sur le chômage structurel reste incertain. Les entreprises privées et les services publics recherchent des compétences précises en maintenance, génie civil, gestion des eaux et gestion des risques, domaines qui nécessitent des formations certifiantes. Sans investissement parallèle dans la formation, la main-d’œuvre recrutée pour l’assainissement risque d’être cantonnée à des emplois saisonniers, exposée à la précarité et sans accès à la mobilité professionnelle.
Des études de terrain et des évaluations de programmes d’insertion montrent que l’acquisition d’un savoir-faire technique augmente les chances d’emploi stable. Comparé à l’embauche ponctuelle sur des chantiers, une formation professionnelle permet des placements durables dans des filières formelles, favorise la création de petites entreprises locales et améliore la productivité. La combinaison de chantiers et de modules de formation permettrait d’améliorer la résilience économique des jeunes et d’augmenter la valeur ajoutée des travaux réalisés.
Les travaux d’assainissement contribuent indéniablement à la réduction des dommages liés aux inondations et à l’amélioration de la santé publique en milieu urbain, mais leur potentiel comme unique instrument de lutte contre le chômage est limité. Le constat se fonde sur la nature saisonnière de la plupart des contrats de chantier, l’absence fréquente de mécanismes d’accréditation des compétences et la faible intégration des jeunes formés dans des chaînes de valeur pérennes.
L’option de lancer des grands travaux d’assainissement présente des bénéfices immédiats pour la gestion urbaine et peut fournir du travail à court terme. Elle devient insuffisante si elle n’est pas accompagnée d’un dispositif structuré de formation professionnelle et de certification. En l’absence de tels investissements, le recours exclusif aux chantiers risque de condamner une partie de la jeunesse à des tâches non qualifiées et de laisser intact le problème du chômage structurel.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Khalima F.
Mis en ligne : 08/05/2026
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