Qui décide vraiment : Le président ou le Premier ministre ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Maimouna | Publié le 05/05/2026 12:05:00

Qui décide vraiment : Le président ou le Premier ministre ?

Le ministre du Commerce et de l’Industrie, Serigne Guèye Diop, a déclaré récemment à Dakar que « les élections permettront de mesurer les forces des uns et des autres » en évoquant la dualité entre le président de la République et le Premier ministre, ainsi que la coalition Diomaye-Président.

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Suite de l’article : Il a reconnu une configuration inédite au sommet de l’État et défendu la structuration nationale de cette coalition née du contexte électoral. Cette prise de parole pose une question simple: qui assume les choix politiques qui s’imposent maintenant et qui reporte au lendemain les réponses concrètes?

La déclaration intervient dans un paysage politique marqué par des tensions internes et par l’existence d’un mouvement politique qui se maintient autour du chef de l’État plutôt que de se dissoudre après la présidentielle.

La formule « les élections permettront de mesurer » sonne comme un paravent. Plutôt que de détailler les arbitrages pris par le gouvernement ou d’expliquer les raisons des divergences entre le président et le Premier ministre, le ministre glisse la responsabilité vers un horizon incertain. Ce déplacement du débat sert d’abord à éviter la démonstration publique des décisions immédiates: politiques économiques, nominations, gestion des services publics et réponses aux urgences. Le discours gouvernemental se pare d’un calendrier démocratique qui, en pratique, suspend la critique et retarde l’exigence de comptes.

Sur le plan institutionnel, cette stratégie affaiblit la clarté des responsabilités. Lorsqu’un pouvoir diffuse l’idée que seuls les scrutins futurs trancheront les rapports de force, il minimise le besoin d’explicitation des choix actuels. Les citoyens restent sans boussole: qui pilote la politique industrielle, qui assume les tensions sociales et qui répond aux problèmes quotidiens? La démocratie ne se réduit pas à des échéances électorales, elle demande des décisions publiques lisibles et des responsables identifiables chaque jour.

Le recours à l’élection comme mesure universelle a un autre effet: il dilue la responsabilité collective en la transformant en un pari sur l’avenir. Plutôt que de justifier une action ou une absence d’action, on engage la rhétorique du verdict populaire. Cet artifice rappelle parfois des tactiques politiques où la consultation sert surtout à légitimer rétroactivement des choix déjà opérés, ou à masquer l’absence de projet cohérent. C’est une manœuvre comparable à celle d’un capitaine qui promet un cap lors de la prochaine escale au lieu d’expliquer pourquoi le navire dérive aujourd’hui.

La coalition Diomaye-Président est présentée comme une structure de soutien et de structuration. Pourtant, maintenir ce mouvement autour du chef de l’État sans clarifier son rôle réel dans l’action gouvernementale crée des zones d’ombre. Est-ce un instrument de gouvernance parallèle ou un simple relais électoral? Comparé à une boussole, le discours ministériel manque de précision; comparé à une bouée, il paraît parfois servir d’alibi pour éviter de plonger dans les responsabilités immédiates.

D’abord, reporter au calendrier électoral signifie renoncer à l’explication publique des décisions urgentes. Les questions de pouvoir d’achat, de transparence des marchés publics et de cohérence des politiques sectorielles exigent des réponses maintenant. Ensuite, la stratégie affaiblit l’opposition démocratique: si tout se joue « aux élections », le débat de fond est phagocyté par la compétition et la personnalisation. Enfin, cette posture encourage l’atomisation des responsabilités gouvernementales; quand la crise arrive, chacun renverra la balle vers l’horizon électoral.

Des exemples concrets renforcent cet argumentaire. Lors de réformes sensibles ailleurs en Afrique, l’attente des échéances a creusé le fossé entre promesses et réalisations, laissant les populations face à l’immobilisme. Ici, la promesse de « mesurer » par les urnes risque d’être une façon élégante de différer des arbitrages douloureux mais nécessaires.

Les enquêtes d’opinion montrent que les citoyens demandent davantage de clarté et d’action plutôt qu’une rhétorique d’attente. Les observateurs institutionnels rappellent que la légitimité électorale n’efface pas l’obligation quotidienne de la gouvernance. La consolidation d’une coalition se construit sur des actes visibles: implantation locale, propositions politiques concrètes, responsabilité financière et administrative. Si ces éléments font défaut, la coalition restera une posture plutôt qu’un acteur structurant de la vie publique.

La formule « les élections permettront de mesurer » cache une stratégie politique qui reporte la responsabilité et noie le débat public dans un avenir indéfini. Le ministre a raison de parler de structuration, mais il aurait tort de croire que la structuration remplace l’obligation de rendre des comptes aujourd’hui. Les citoyens exigent des choix clairs et des responsables identifiables avant les urnes, pas seulement des promesses de mesure après coup. Si la politique se contente de différer les décisions, la démocratie s’appauvrit et la gouvernance se fragmente.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 05/05/202
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