À chaque fois que je repense à cette histoire, je me demande encore comment j’ai tenu aussi longtemps. Pendant des années, j’ai porté mon foyer seule, sans bruit, sans plainte.
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Suite de l’article : À Dakar, beaucoup de femmes vivent ça en silence. On nous apprend à supporter, à patienter, à protéger l’image du couple coûte que coûte. Moi aussi, j’ai essayé. Le père de mes enfants passait son temps entre projets, voyages et promesses. Il disait toujours que “le prochain marché” allait enfin changer notre vie.
Pendant ce temps, c’était moi qui payais le loyer, les factures, l’école des enfants et même parfois ses propres dépenses. Je ne lui demandais pas l’impossible, seulement du respect et un peu de vérité.
Un jour, il m’annonce qu’il doit partir à Abidjan pour une affaire importante. Il me regarde avec ce ton convaincant que je connaissais trop bien et me demande de l’aider financièrement “juste pour cette fois”. J’ai accepté. Peut-être par amour, peut-être par fatigue de croire qu’un jour les choses allaient enfin s’arranger. Quelques semaines plus tard, il me rappelle pour dire que le voyage ne s’est pas passé comme prévu et qu’il lui faut encore de l’argent pour rentrer. J’envoie l’argent sans hésiter, pensant à mes enfants qui demandaient chaque jour après leur père. Le soir où il devait arriver, j’avais préparé le repas, rangé la maison, même les enfants étaient excités. Mais il n’est jamais venu.
Son téléphone restait éteint. J’ai commencé à paniquer. J’ai appelé ses amis, sa famille, tout le monde. Sa tante, que je respectais énormément, m’a juré qu’elle ne savait rien. Pendant plusieurs jours, j’ai vécu dans l’angoisse, imaginant un accident ou un problème grave. Grâce à une connaissance travaillant dans la sécurité, j’ai fini par découvrir la vérité : monsieur n’avait jamais disparu. Il profitait tranquillement de vacances avec une autre femme, une personne qui venait parfois chez nous boire du thé et rire avec moi. Ce jour-là, j’ai senti quelque chose se casser définitivement à l’intérieur de moi.
Quand il est finalement rentré, il a menti sans trembler. Il inventait des histoires pendant que moi, je le regardais avec un calme étrange. Je lui ai simplement demandé de quitter la maison le lendemain matin. Mais cette nuit-là, tout a basculé. Pour la première fois, il m’a frappée. Une violence brutale, inattendue. J’étais choquée plus que blessée. Une voisine est intervenue pour le calmer. Lui criait que “les femmes modernes veulent contrôler les hommes” et que je l’avais humilié. À cet instant précis, j’ai compris qu’il ne regrettait rien.
J’ai appelé la police. Oui, je l’ai fait. Et je ne regrette pas. Certains membres de sa famille m’ont accusée d’avoir détruit sa vie. Sa tante répétait qu’“un homme peut se fâcher” et qu’on ne doit pas envoyer le père de ses enfants en prison. Mais moi, je me posais une autre question : et ma dignité dans tout ça ? Et ma sécurité ? Devais-je attendre le prochain coup pour réagir ?
Au Sénégal, beaucoup de femmes subissent encore des violences dans le silence, par peur du regard des autres ou des jugements familiaux. Moi, j’ai refusé ce silence. Ce n’était pas de la vengeance. C’était une limite. Une manière de dire que l’amour ne donne pas tous les droits. Aujourd’hui encore, certains me traitent de femme dure. Pourtant, quand je regarde mes enfants dormir paisiblement, je sais que j’ai pris la bonne décision.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 21/05/2026
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