Rebeuss : La solidarité carcérale, un pansement sur des plaies ouvertes - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 21/05/2026 08:05:00

Rebeuss : La solidarité carcérale, un pansement sur des plaies ouvertes

Je lisais récemment un article relatant les actions de Lat Diop, ancien ministre des Sports incarcéré à la prison de Rebeuss, où il aurait multiplié les gestes de solidarité envers ses codétenus : distribution de repas, d’argent, de matelas, de ventilateurs, et même l’organisation de repas festifs lors d’événements religieux.

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Suite de l’article : À première vue, ces initiatives pourraient sembler louables, voire inspirantes. Pourtant, je ne peux m’empêcher de voir dans ce tableau une illustration cruelle des défaillances structurelles de notre système pénitentiaire.

La prison de Rebeuss, conçue pour accueillir 2 467 détenus, en compte aujourd’hui plus de 3 000, dans des conditions souvent décrites comme inhumaines. Les rapports d’Amnesty International et d’autres organisations soulignent régulièrement la promiscuité, le manque de soins, l’insalubrité et l’insuffisance alimentaire qui y règnent.

Dans ce contexte, les actions de Lat Diop — aussi généreuses soient-elles — apparaissent comme une réponse désespérée à l’absence de l’État. Quand un détenu doit organiser la distribution de matelas ou de ventilateurs pour éviter que ses compagnons ne meurent de chaleur ou de maladie, cela révèle une faille systémique, et non une vertue individuelle.

Je ne remets pas en cause la sincérité de Lat Diop ou de Farba Ngom, qui a poursuivi ces initiatives. Mais je m’interroge : pourquoi est-ce à des détenus, souvent eux-mêmes en situation de précarité, de pallier les manquements de l’administration ? Cette solidarité, aussi touchante soit-elle, ne doit pas nous faire oublier que la prison reste un lieu où les droits fondamentaux sont bafoués. Les beignets et les repas copieux ne compensent pas l’absence de justice pour des détenus qui attendent des années sans procès, ni l’absence de dignité pour ceux qui dorment à même le sol.

Dans d’autres prisons africaines, comme Makala en RDC ou Kondengui au Cameroun, des situations similaires prévalent : la surpopulation, la violence et l’absence de soins y sont endémiques. Partout, ce sont les détenus les plus influents ou les plus fortunés qui organisent une forme de gouvernance informelle, créant une hiérarchie parallèle où l’accès aux ressources dépend souvent du bon vouloir de quelques-uns. Cela soulève une question fondamentale : la solidarité en prison est-elle un acte de résistance humaine, ou le symptôme d’un système qui a renoncé à ses responsabilités ?

Je crois fermement que ces initiatives, bien que nécessaire dans l’immédiat, ne doivent pas servir d’alibi pour justifier l’inaction des pouvoirs publics. La prison de Rebeuss, comme tant d’autres en Afrique, a besoin de réformes profondes : des infrastructures dignes, un accès équitable à la nourriture et aux soins, et une justice qui ne laisse pas des hommes croupir des années sans jugement. La solidarité entre détenus ne doit pas devenir une norme, mais une exception dans un système qui garantit à chacun ses droits.

Je salue les efforts de Lat Diop et de ceux qui, comme lui, tentent d’humaniser un environnement inhumain. Mais je refuse de voir dans ces actes une solution. Ils sont le signe d’un échec collectif. La vraie question n’est pas de savoir qui, parmi les détenus, peut offrir un matelas ou un ventilateur, mais pourquoi l’État ne le fait pas. La solidarité en prison est un beau geste, mais elle ne doit pas nous aveugler sur l’urgence d’une réforme structurelle.

La dignité ne devrait pas dépendre de la générosité de quelques-uns, mais être garantie par l’institution. Il est temps d’agir.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 21/05/202
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