Le président Bassirou Diomaye Faye a annoncé l’organisation de consultations «directes et resserrées» avec les forces vives du Sénégal du 21 au 31 mai 2026, visant officiellement à «consolider la cohésion nationale».
Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Suite de l’article : À Dakar et dans le pays, cette initiative suscite des réactions publiques, dont les réserves du député Guy Marius Sagna (Pastef), qui a critiqué la démarche du pouvoir exécutif et rappelé le contexte politique ayant conduit à l’élection de M. Faye.
Sagna a rappelé que la victoire de Diomaye Faye en mars 2024, obtenue avec 54% des voix, reposait sur une promesse de rupture après des violences politiques de 2021 et 2024 ayant causé plus de 65 morts sous la présidence de Macky Sall. Le parlementaire a mis en avant la quête de reddition des comptes et a écrit qu’«aucune réconciliation avec les voleurs de deniers publics et voleurs de vies» n’aurait été acceptée par les soutiens du président durant la campagne. Il a ajouté la formule: «no justice no peace».
Le calendrier court des consultations et leur pilotage par l’exécutif posent des questions factuelles sur l’étendue des mécanismes prévus. Le dispositif annoncé se limite à des rencontres et à des dialogues politiques sur dix jours, sans communication publique sur l’articulation avec des procédures judiciaires ou des enquêtes indépendantes. Les promesses de campagne fondées sur la rupture et la justice pénale contrastent avec une méthode qui privilégie le dialogue politique encadré par le pouvoir.
Plusieurs éléments factuels alimentent la crainte d’une instrumentalisation des victimes. D’abord, les propos publics de dirigeants et de députés montrent que la colère populaire et l’engagement militant ont été moteurs de la victoire présidentielle: participation financière, campagnes menées pendant le Ramadan, et mobilisations de terrain. Ensuite, l’histoire récente du pays contient des épisodes de violences politiques et d’impunité perçue, ce qui rend particulier le lien entre réparation morale et sanctions judiciaires. Enfin, l’absence à ce stade d’un calendrier judiciaire ou d’un mandat clair pour des commissions indépendantes rend difficile la vérification d’une volonté effective de rendre des comptes.
Les arguments factuels en faveur d’un examen critique de l’initiative incluent la rupture affichée en 2024, la nature de la mobilisation populaire et les déclarations publiques d’acteurs politiques qui exigent justice. Si la transition promise par les urnes reposait sur la sanction des responsables des violences et sur la protection des militants, la conversion de cette exigence en simple table ronde politique pourrait, selon des observateurs parlementaires, répondre à des logiques de stabilisation plus qu’à des exigences juridiquement contraignantes.
La comparaison entre la promesse électorale et le format des consultations éclaire un risque concret: la victoire acquise sur la base d’un programme de rupture se trouve confrontée à une démarche institutionnelle qui privilégie le débat encadré plutôt que les voies pénales ou judiciaires. Une seconde comparaison oppose l’attente des familles des victimes, qui ont vécu emprisonnements et décès pendant les crises politiques récentes, à la temporalité d’un dialogue de dix jours sans garanties de poursuites.
Des faits chiffrés renforcent la gravité de l’enjeu: l’élection de mars 2024 à 54% et le bilan des violences supérieures à 65 morts fournissent un cadre incontestable à la demande de justice formulée par une part importante de l’opinion. Les déclarations de Guy Marius Sagna font apparaître, sur le plan interne, une fracture entre l’engagement militant qui a porté le pouvoir au pouvoir et la stratégie choisie pour traiter les séquelles de cette période.
La synthèse factuelle laisse apparaître une tension persistante entre une légitimité électorale construite sur la rupture et une méthode de gouvernance qui privilégie le dialogue court et contrôlé; cette tension soulève des questions mesurables sur l’avenir de la justice transitionnelle et sur la prévention d’une impunité durable pour les abus passés.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Mame Diarra.
Mis en ligne : 20/05/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.




