Pastef exclut Yankhoba Diémé : Trahison ou nécessité ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Eva | Publié le 06/06/2026 08:06:00

Pastef exclut Yankhoba Diémé : Trahison ou nécessité ?

L’information est tombée comme un coup de massue pour les sympathisants de Pastef : Yankhoba Diémé, fraîchement nommé ministre des Forces armées dans le nouveau gouvernement d’Al Aminou Lo, a été exclu de son parti.

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Suite de l’article : La section de Bignona a annoncé la décision, et les plateformes de communication du parti l’ont déjà effacé de leurs rangs. Une réunion d’urgence est même prévue pour acter cette exclusion. Je ne peux m’empêcher de voir dans cette situation une trahison des valeurs que Pastef incarne, et une illustration navrante de l’opportunisme politique qui gangrène trop souvent nos institutions.

Pastef, le Parti des Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail, l’Éthique et la Fraternité, a été fondé sur des valeurs intangibles : éthique, transparence, don de soi, et discipline rigoureuse. Ousmane Sonko lui-même a martelé à maintes reprises que son parti était « d’abord un parti de principes », où l’engagement des militants ne devait jamais s’écarter de ces fondamentaux. Comment, dès lors, comprendre qu’un cadre du parti, supposé incarner ces idéaux, accepte un poste ministériel sans même consulter sa base ? L’exclusion de Diémé n’est pas une surprise, mais une conséquence logique de son choix. Ce qui l’est davantage, c’est qu’il ait pu croire, ne serait-ce qu’un instant, que cette décision serait compatible avec son appartenance à Pastef.

Yankhoba Diémé a-t-il oublié que Pastef se veut le fer de lance de la rupture avec les pratiques clientélistes et les calculs personnels ? En acceptant ce poste, il a sabordé la cohérence de son engagement. Le parti, qui prône la souveraineté économique et la lutte contre la corruption, se retrouve aujourd’hui confronté à un cas d’école : un des siens a préféré les oripeaux du pouvoir à la fidélité à un projet collectif. La réaction immédiate de la section de Bignona – son exclusion des plateformes de communication – montre à quel point cette décision est perçue comme une faute grave.

Pire, cette affaire soulève une question lancinante : à quoi sert un parti de principes si ses cadres les abandonnent au premier appel du palais ? L’argument de l’« appel patriotique » ne tient pas. Si Diémé voulait vraiment servir l’intérêt général, il aurait dû démissionner de Pastef avant d’accepter le poste, par respect pour ses camarades et pour les électeurs qui ont cru en son engagement. En agissant ainsi, il a créé un conflit d’intérêts évident : comment concilier la loyauté envers un gouvernement souvent critiqué par Pastef et les valeurs d’opposition que ce parti porte ?

Je le dis sans détour : ce cas n’est pas isolé. Combien de fois avons-nous vu des militants ou des cadres de partis d’opposition, une fois le pouvoir à portée de main, oublié leurs promesses pour un strapontin ministériel ? Au Sénégal comme ailleurs en Afrique de l’Ouest, l’histoire regorge d’exemples de trahisons similaires. En Côte d’Ivoire, au Ghana, ou même au Nigeria, des figures politiques ont quitté leur parti pour rejoindre le camp présidentiel, souvent au mépris de leurs engagements passés.

Mais Pastef se voulait différent. Son discours, porté par Ousmane Sonko, reposait sur la rupture avec ces pratiques. Or, voici qu’un de ses membres tombe dans le piège qu’il était censé combattre. Quelle crédibilité reste-t-il à un parti qui exclut ses propres cadres pour avoir fait exactement ce qu’il dénonce chez les autres ? Cette affaire envoie un signal désastreux : les principes de Pastef valent moins qu’un poste ministériel.

Cette situation rappelle étrangement le cas de Valdiodio N’Diaye, ministre sous Mamadou Dia, sacrifié par Senghor après l’indépendance. À l’époque, la trahison était punie par l’exclusion pure et simple. Aujourd’hui, c’est la même logique qui s’applique, mais avec une ironie amère : ceux qui dénonçaient hier les pratiques du PS reproduisent les mêmes erreurs. Pastef, qui se présente comme l’héritier d’une tradition de probité, se retrouve face à ses propres contradictions.

En Afrique de l’Ouest, les partis au pouvoir ont souvent coopté des opposants pour affaiblir leurs rivaux. Mais ici, c’est l’inverse qui se produit : un cadre de l’opposition se coopte lui-même, sans même attendre qu’on lui propose. Où est passée la dignité ?

L’exclusion de Yankhoba Diémé est une victoire à la Pyrrhus pour Pastef. D’un côté, le parti prouve qu’il ne transige pas avec ses valeurs. De l’autre, il révèle que ces valeurs sont fragiles, car dépendantes de la volonté individuelle de ses membres. Je ne peux que déplorer cette situation, qui montre une fois de plus que l’ambition personnelle prime souvent sur l’intérêt collectif.

À Diémé, je dis : votre choix est incompréhensible. À Pastef, je demande : comment éviter que demain, un autre cadre ne tombe dans le même piège ? La réponse est simple : renforcer les mécanismes de responsabilité interne, et rappeler à tous que servir le peuple ne se fait pas au détriment de ceux qui vous ont fait confiance.

En attendant, cette affaire laisse un goût amer : celui d’une trahison de plus, dans un paysage politique où l’éthique semble toujours être la première sacrifiée.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 06/06/202
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