Libération d’otages au Nigeria : Victoire à moitié vraie - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Maimouna | Publié le 12/06/2026 09:06:00

Libération d’otages au Nigeria : Victoire à moitié vraie

L’annonce, ce dimanche 7 juin, de la libération de plusieurs centaines d’otages retenus par Boko Haram dans l’État de Borno a de quoi soulever un soupir de soulagement.

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Suite de l’article : Pourtant, je ne peux m’empêcher de frémir. Deux nourrissons sont morts pendant l’opération, et cette « victoire » ne doit pas nous voiler la réalité : le nord-est du Nigeria reste un terrain de chasse pour les jihadistes. Si l’armée se félicite de cette opération, je dénonce, moi, l’incapacité chronique des autorités à protéger durablement les populations civiles.

Depuis plus d’une décennie, Boko Haram et ses scissions (comme l’ISWAP) sèment la terreur dans le nord-est du Nigeria. En mars 2026, plus de 300 civils, majoritairement des femmes et des enfants, ont été enlevés à Ngoshe, dans l’État de Borno. Ces enlèvements de masse ne sont pas isolés : en mai, 47 élèves et enseignants ont été kidnappés dans l’État d’Oyo, pour la première fois dans le sud-est du pays. Pire, les attaques se multiplient : bombes à Maiduguri (23 morts en mars), raids contre des villages de pêcheurs, ou encore assauts contre des postes militaires au Tchad voisin. La menace s’étend, et les promesses des dirigeants nigérians sonnent creux.

L’armée nigériane évoque des « semaines de préparation minutieuse » pour accéder à une « enclave lourdement fortifiée » dans le massif de Mandara. Soit. Mais comment expliquer que des centaines de personnes aient pu être détenues pendant des mois sans intervention ? Les otages de Ngoshe, enlevés début mars, n’ont été libérés qu’en juin. Trois mois de captivité, deux vies perdues pendant l’évacuation, et toujours aucune garantie que les autres otages – ceux de mai, ceux d’avant – seront retrouvés.

Les autorités parlent de « restaurer durablement la sécurité ». Pourtant, les faits contredisent ces déclarations. En 2025, Boko Haram et l’ISWAP ont intensifié leurs attaques, ciblant écoles, marchés et même des postes militaires. Selon le Global Centre for the Responsibility to Protect, plus de 2 000 enfants ont été enlevés depuis 2014, souvent pour servir de soldats ou d’esclaves. Comment parler de sécurité durable quand des villages entiers vivent sous la coupe des jihadistes ?

Malgré l’appui américain (100 conseillers déployés en 2026) et des frappes ciblées, les groupes armés gagnent du terrain. Le gouverneur de Borno a lui-même reconnu que les forces de sécurité « perdaient du terrain » face aux insurgés. Plusieurs rapports, dont ceux d’Amnesty International, pointent la « fragilité du système de sécurité nigérian » et la corruption au sein de l’armée, qui ont permis à Boko Haram de se renforcer après des périodes de déclin. Chaque opération médiatisée (comme celle de juin) masque une réalité : les enlèvements continuent. Pendant qu’on célèbre une libération, d’autres familles pleurent leurs proches disparus.

La situation rappelle celle du Mali ou du Burkina Faso, où les groupes jihadistes (liés à Al-Qaïda ou à l’État islamique) contrôlent des zones entières, malgré les interventions militaires. Au Sahel, comme au Nigeria, les États peinent à protéger leurs citoyens, et les populations paient le prix fort. La différence ? Au Nigeria, l’insécurité s’étend même au sud, traditionnellement épargné.

Oui, la libération de ces otages est une bonne nouvelle. Mais je refuse de m’en contenter. Tant que Boko Haram pourra enlever, tuer et terroriser en toute impunité, aucune libération ne sera une vraie victoire. Les autorités nigérianes doivent cesser de se contenter de coups d’éclat médiatiques et agir en profondeur : renforcer l’armée, lutter contre la corruption, et protéger les écoles, les marchés, les villages. Sinon, ces libérations ne seront que des pansements sur une jambe de bois.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 12/06/202
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