Quand l’addiction devient excuse : Le tribunal devra trancher - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Fait divers | Par Maimouna | Publié le 22/06/2026 02:06:00

Quand l’addiction devient excuse : Le tribunal devra trancher

À Mbour, au Sénégal, A. Thioune, 21 ans, agent municipal et vigile, a comparu devant le tribunal d’instance après avoir insulté et frappé sa mère, B. Sall, la veille de la Tabaski, au sujet d’un retard dans la préparation du repas de midi.

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Suite de l’article : La victime a porté plainte, le prévenu est placé sous mandat de dépôt et le juge a mis son verdict en délibéré au 2 juillet. Le parquet a demandé une application rigoureuse de la loi.

L’affaire a révélé, devant la barre, des années de violences et d’insultes selon la plaignante, ainsi que des accusations de consommation de stupéfiants et d’alcool de la part du fils.

La scène elle-même s’est achevée par l’intervention des voisins, qui ont secouru la mère lorsque le fils se serait jeté sur elle à coups de poing. À la barre, la victime a décrit la peur et l’épuisement d’un quotidien où elle assume seule la charge alimentaire de la famille pendant que son fils, employé rémunéré, n’apporterait que 10 000 FCFA par mois aux dépenses et consacrerait le reste à la drogue et à l’alcool. Le prévenu a admis les faits et a expliqué que « sa consommation de drogue le rendait souvent agressif », en ajoutant avoir qualifié la situation d’« inadmissible » lorsqu’il a trouvé le repas retardé.

L’angle retenu ici n’annule aucun élément factuel rapporté en audience, mais il attire l’attention sur un risque récurrent: la présentation de la dépendance comme justification principale d’un acte violent. Le dossier contient des éléments concrets qui devraient tempérer toute lecture trop rapide en faveur d’une excuse complète: la reconnaissance formelle des faits par l’accusé, la plainte déposée par la victime, le mandat de dépôt et la réquisition ferme du ministère public.

Sur le plan juridique, la dépendance est fréquemment prise en compte lors de l’examen de la responsabilité, mais elle n’exonère pas automatiquement l’auteur d’une infraction. Dans plusieurs systèmes judiciaires, l’addiction peut être un élément d’appréciation de la personnalité de l’accusé ou un facteur atténuant, sans supprimer la nature pénale de l’acte. Comparée à la défense de l’ivresse involontaire invoquée dans certains dossiers de circulation routière, l’argument d’une dépendance ne gomme pas l’existence d’une victime vulnérable confrontée à des violences répétées. Comparée aussi aux pratiques disciplinaires en milieu professionnel, où une dépendance peut conduire à des mesures de soin accompagnées d’une sanction, la sphère pénale requiert une réponse qui articule prise en charge et responsabilité.

Les faits signalés ici offrent des éléments précis en faveur d’une réponse judiciaire ferme: antécédents de maltraitance allégués, intervention tierce pour interrompre l’agression, contribution financière limitée de la part du salarié au foyer, et aveu de consommation liée à l’agressivité. Ces éléments rendent problématique la mise en avant exclusive de la dépendance comme explication dominante, car cela risque d’atténuer la portée des obligations civiles et pénales de l’auteur.

Des politiques publiques et des pratiques judiciaires cherchent un équilibre entre soins et sanction: garantir l’accès au traitement pour les personnes dépendantes tout en préservant la protection des victimes et en maintenant la responsabilité pénale. Le dossier mbourois illustre cette tension de manière concrète et appelle le magistrat à fonder sa décision sur la stricte confrontation des faits, de la vulnérabilité de la victime et des éléments de preuve, sans laisser la dépendance servir de dilution de la responsabilité. Le 2 juillet fixera la réponse formelle du tribunal à ces équilibres.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Bassirou S.
Mis en ligne : 22/06/2026

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